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Agnus Regni

Histoire tragique, encore que sensuelle et farcesque, de Gregorius Maximilien Lehcar.

De Frédéric Sounac
Agnus Regni  - Frédéric Sounac
Paru le : 01/12/2009
Editeur : Delit éditions
Collection : Roman
ISBN :
EAN : 9782917399064
Nb. de pages : 624
Poids : 866 g
Dimensions : 14cm x 21cm x 0cm

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Agnus Regni  - Frédéric Sounac Agrandir la couverture

Rayon(s) auquel(s) le livre est rattaché :
  Romans   Science Fiction / Fantastique

Quatrième de couverture Dans la presse Extrait du livre Présentation de Frédéric Sounac

Quatrième de couverture

Dans un futur indéterminé mais relativement proche, la France a politiquement explosé en territoires indépendants. Paris, cité désormais fortifiée, est devenue une société autoritaire et régressive, mélange de dictature fascisante et de cauchemar pseudo-égalitaire, appelée « le Règne ».
Grégorius Maximilien Lehcar, héros irrévérencieux mais passif de ce roman picaresque moderne, fils d’un célèbre idéologue ayant malgré lui contribué à l’avènement du Règne, occupe un poste subalterne dans l’administration des Bordels qui se donne pour objectifs d’encadrer et de calibrer la libido humaine. Malmené, trompé, manipulé de tous côtés et dépossédé de son destin, Grégorius devient une figure sacrificielle : il est l’Agneau dont abusent toutes les puissances, familiales, politiques, sensuelles…Agnus Regni, Histoire tragique, encore que sensuelle et farcesque, de Grégorius Maximilien Lehcar est le premier roman de Frédéric Sounac et se présente comme une fable d’anticipation politique où cohabitent plusieurs genres littéraires : roman noir, satire sociale, tragédie amoureuse. La violence et la gravité des situations y sont compensées par l’autodérision communicative du personnage principal, la recherche d’une sagesse comique, une méditation sur l’art, ainsi que par un nimbe de merveilleux.
Déployé dans un genre d’anamorphose de notre société à la dérive vers le tout-sécuritaire, Agnus Regni, au travers d’une kyrielle de personnages extravagants, féroces et séditieux, se révèle une contre-utopie romanesque.


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Dans la presse

...] Servie par une langue très léchée et une ironie communicative, ce premier texte-somme de Frédéric Sounac est digne des « grandes traversées livresques ». On songe parfois au Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, ou à Nous autres de Ievgueni Zamiatine.
Jérôme Goude - Le Matricule des Anges


Un livre qui a du souffle. On pense à Borges par moments.
Greg Lamazères - Le comptoir de l’info


Une œuvre d’une densité impressionnante [...].
Nikola - Paludes 550




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Extrait du livre

« Il pleut sur vos papiers ! Vous êtes sûr de ne pas vouloir fermer la fenêtre ? »
Grégorius est sûr. Naturellement, les voix du Règne ont une endurance de sapeur, elles vont continuer à me parler de gloire, elles insisteront jusqu’à ce que mon intelligence cède et se noie sous leurs vagues calculées, elles vont me faire manger de la vacherie héroïque en murmurant : « avale ! », elles vont m’inverser, faire rétrograder mon cerveau jusqu’à l’oubli, changer le pôle de la seconde – sacrée – où j’étanchai ma soif d’amour. Pourtant, elles ne sont toujours pas parvenues à leurs fins : je peux encore distinguer un foie d’un pigeon, et surtout entendre le grelot des menteurs. Je sais ce que j’ai vu sur le rempart : les chiens haineux, dont j’ai plus que tout désiré la mort, lacérant cette bouche unie à la mienne, ces bras, ces doigts qui soudain se crispèrent sur ma médaille, et l’emportèrent. Puis, c’est vrai, les détails se brouillent. Dégénérescence maculaire. Fatigue orchestrée. Limage des perceptions. D’un trait sanglant, j’achève au jugé de retracer le parcours, en forme d’arabesque, dont la violence logique m’a conduit au bord du vide, avec Alvaro et l’éclair inconcevable du sentiment partagé. Un garçon, mais le mot est faible. Les chiens d’abord pétrifiés, puis projetant enfin leur gueule rouge d’impatience. Je sais que sans le claquement des crocs, sans le remous infect de la salive contre leur langue, sans leurs griffes dérapant sur la pierre, c’eût été pour longtemps le bruit de la soie que l’on caresse, mais aussi, bien qu’amplifié de manière inquiétante, celui des lèvres qui se divisent. Si je tâte des yeux dans le noir, je revois également les cahiers tombés sur le sol mouillé, la blessure précise, infligée au couteau d’une main entraînée, l’entaille-à-lécher que les chiens, évidemment, avaient flairée bien avant moi, les chiens inclus dans l’ordre souverain destiné à nous perdre, les chiens que leurs maîtres humains, sans fébrilité, dirigeaient depuis le bastion, les chiens, enfin, attendus et même espérés par leur victime depuis les jours radieux de son enfance. Je vais raconter tout cela. La suie noire du Règne et le piédestal dont on veut aujourd’hui me lester. Je vais dire à quel point l’eau qui tombe sur mes doigts est bienfaisante, bien qu’elle ait la même froideur complexe que l’idée de justice – idée à laquelle il semble, même à cette heure, que je n’aie toujours pas renoncé. À l’évidence, j’eusse pu accompagner Alvaro dans sa chute : c’était pour nos ennemis un risque à courir, mais ce sont d’aussi bons dresseurs que de remarquables doseurs de mort, et tout s’est déroulé selon leurs plans. Je me suis simplement évanoui, comme ils l’espéraient, si bien que le lavage de cerveau a pu commencer sans délai. La bravoure. Le dévouement. L’initiative. Cette perte de conscience, que j’ai un temps confondue avec la félicité, s’est donc produite sur la plate-forme, comme jadis au pied d’un mât planté dans la neige, au milieu d’une cour où mon âme, en pleine crise hémorragique, s’était elle-même passé le licou de la culpabilité. Et celui du sexe-flou, du sexe-rude, du sexe-pendu. Ensuite, on m’a avec mille égards transporté ici. Dans ma cage, chez moi. Pendant que j’étais sous respiration artificielle, je crois avoir déliré à voix haute, et prononcé une série de noms à présent inclus dans le carnage sur lequel s’est achevée ma vie sensible. Si tel est bien le cas, ils ont été scrupuleusement notés et font l’objet d’une enquête approfondie, laquelle s’avérera largement inutile :
la plupart des gens concernés sont morts, et d’une certaine manière, je le suis aussi. Je revois la peur, la souffrance, l’envie terrifiante d’en finir. Je revois le vieux mot « passion » grésiller en lettres bouillantes et ironiques puis agoniser avec complaisance. Sans la pluie sur nos cheveux, sans l’air glacial de la nuit et cette coutume sauvage de massacrer, c’eût été l’instant improbable de notre union, suivi sans doute d’un bonheur insoutenable, mais aussi d’une membrane crevant enfin vers l’espoir.
Quand j’aurai raconté, on comprendra que « l’opération Lehcar » est officiellement une réussite, et qu’elle sera présentée comme telle. C’est sur ordre que l’appât-Alvaro, aussi parfait que rétif, a été châtié par les bêtes savantes ; c’est pareillement sur ordre qu’elles m’ont épargné. Mon transport rapide était prévu, comme la fable assénée à mes oreilles durant mon inconscience, comme ma réanimation et les paroles flatteuses précédant les articles qui, dès demain, célébreront ma conduite exemplaire : un sauveur, rien de moins. Non, je ne veux pas fermer la fenêtre. Les documents détrempés récupérés cette nuit-là composent sous mes yeux la figure définitive de mon histoire : cela n’a pas été une mince affaire, mais j’y distingue maintenant deux lignes bien nettes, l’une rouge, celle du sang, l’autre dorée, celle de l’esprit, ou peut-être vaut-il mieux dire, avec moins de noblesse, de la manoeuvre spirituelle. Bien sûr, elles resteront invisibles. Elles s’effacent déjà. Quelque part au coeur de cette ville où une étrange vieille dame enfonce ses doigts dans un piano, une petite troupe de rédacteurs a commencé à s’agiter, tricotant d’un poignet expert les mailles de ma légende. Beaucoup, parmi eux, croient sans doute ce qu’ils écrivent, ce qui leur rendra plus facile la tâche de le faire croire aux autres ; ils composent et impriment exactement l’inverse de ce qui sort de moi en faisant de ma peau des lanières, m’admirent et me jalousent d’avance, murmurent entre eux que ma probité me vaudra désormais tous les honneurs : je vais m’élever dans de nouvelles sphères, quitter les Bordels, être reçu, peut-être, par le Directoire… Sans leur détermination mécanique et leur passion du traquenard, dans le monde lumineux et imprévisible où j’aurais aimé vivre, j’eusse connu la joie d’une libération bienfaisante et, à mon âge médiocre, l’éclosion de la confiance. Vraiment, je vais tout raconter. Si je décide de ne pas ligoter ma conscience, si je tourne d’un geste ferme le sucre qui m’aide à la supporter, je dois admettre mon effrayante passivité, et mentionner à mon sujet des paroles hermétiques – « piège mortel » – qui suggèrent que j’ai peut-être mérité, après tout, d’être applaudi de ceux qui exaltent le crime. Je ne suis pas capable de le dire. Deux sentinelles sont postées au pied de l’immeuble, soi-disant pour me protéger, deux autres juste derrière ma porte : l’une d’elles jette un coup d’oeil de temps en temps, pour vérifier que je ne fais pas de bêtises. Je pourrais jouir, à vie, d’une agréable considération et d’une gentillesse toute prête. Pourtant, je n’ai pas l’intention d’accepter ce cadeau. Je suis en guerre. Je ne sais pas si c’est l’Agneau qui chuta dans le vide, je ne sais pas si je suis l’Agneau, si la ville garrottée est l’Agneau, si ceux qui moururent, suicidés, torturés, abattus, contaminés, furent ensemble l’Agneau, ni surtout si celle qui demeure, avec patience et musique, n’est pas seule l’Agneau. Ce que je sais, c’est que le Règne a profondément échoué, et que quand ils arriveront tous, avec leur chaise à porteurs, mon cyanure vrombissant les aura précédés. Je l’attends. Le Roi-de- Guêpes. Il m’encerclera comme un collier, sans le moindre bruit. Pour mes ennemis, la surprise sera totale : je serai défiguré par le bonheur et le gonflement, ce n’est pas moi qu’ils trouveront.
Je m’appelle Grégorius. Grégorius Lehcar, fils de Maximilien, fils d’Eugène, fils de Lazare, la nuit tombe sur le Règne et assombrit les premières lignes de mon histoire. Ce nom, Grégorius, véritablement saint et très noble, fut articulé vers le milieu de l’hiver en l’église Saint-Hippolyte-des-Malmaisons audessus d’un bénitier fêlé, en présence de mon père Maximilien qui, pour n’être pas dévot, avait tenu à ce que ma carrière ne s’ouvrît pas sur un contentieux prononcé avec le Très-Haut. On aurait tort de reprocher à cet excellent homme une hypocrisie qui en son cas, ne fut que l’expédient trouvé par la sagesse.
Contrairement à ce qu’on croit souvent, il ne nourrissait pas d’antipathie viscérale envers l’Église, et possédant une vénération pour l’architecture gothique sous toutes ses formes – avec une prédilection pour les variantes méridionales – il ne marchandait pas sa gratitude à une institution qui l’avait magnifiée avec une inépuisable liberté. Je revois encore la tête de ce notaire, convoqué pour la rédaction de son testament, à qui il avait déclaré avec le plus grand sérieux : « Quant à mon fils unique, je lui lègue la cathédrale d’Albi ! » Le cours des événements ne m’a jamais permis de réclamer mon bien, mais pour revenir à la question religieuse, j’affirme que sur ce point comme sur d’autres, la pensée de mon père a été brutalement simplifiée. S’il faut convenir qu’il instruisit une critique intransigeante du marché spirituel et de ses contradictions inflationnistes, on ne trouvera pas dans son oeuvre (du moins son oeuvre authentique) un mot sur lequel le Règne puisse étayer sa décision d’interdire purement et simplement les cultes. Il aimait trop la musique sacrée, et même, avec un certain mauvais goût je dois dire, sa réverbération ogivale ! Bien entendu, des délayages tendancieux, et même des forgeries, continuent aujourd’hui à circuler, et je prétends qu’un certain texte assez brillant et blasphématoire, que n’hésite pas à produire le Directoire dans les recueils proposés annuellement aux sujets, n’est tout simplement pas de sa plume. Certes, les faussaires ont bien observé leur modèle, mais si l’on ferme ses oreilles à la propagande pour se pencher sur l’écriture elle-même, on y découvrira une telle concentration de traits stylistiques, pour ne pas dire de « lehcarismes » surgras, qu’on ne pourra que s’esclaffer avec consternation. La fermeture des églises, et leur reconversion fréquente en préfecture de zone, sont de la seule responsabilité du Directoire, qui ne peut en vérité tolérer, tant que son pouvoir demeure, l’existence d’autres candidats à l’adoration. En vérité, si mon père me fit baptiser, du reste par un prêtre de ses amis qui admettait volontiers le caractère fondamentalement superstitieux de cette cérémonie, c’est qu’il avait de bonnes raisons de savoir que le trouble grandissant de l’époque se dirigeait à grands pas vers une issue violente. Ma mère, qui s’était également éloignée des autels après une enfance apparemment assez pieuse, partageait cette analyse : les temps allaient à l’intransigeance et au fanatisme, et dans ces conditions, rien ne devait être négligé de ce qui pouvait épargner à un innocent une partie des remous à venir. Nul ne m’empêcherait, au besoin, d’abjurer ma foi supposée, ce qu’avaient d’ailleurs fait avant moi, dans le cercle amical de mes parents, certaines personnalités outrées par des anathèmes auxquels une forme d’appartenance les rattachait malgré elles : calmement mais avec fermeté, sans se laisser démonter par les sophismes qui leur furent servis ni inquiéter par les intimidations qui suivirent, elles demandèrent à être vomies par Dieu. Pour ma part, je fus avalé, dans des conditions où, on le voit, la foi sincère n’avait guère de place. Sans être dupe, le bon curé de Saint-Hippolyte me badigeonna dans les règles, avant de m’immerger dans un liquide froid, humide, pour lequel je devais par la suite cultiver une aversion marquée. Grégorius. Je devins Grégorius aux yeux d’une chrétienté qui, sur la place de Paris du moins et bien qu’elle l’ignorât encore, vivait ses dernières heures. Est-ce à dire que mon prénom, aspergé par un rite en sursis, demeura fonctionnel et désenchanté ? Cette onction déficiente et sceptique en fit-elle une victime facile de tous ces diminutifs mutilants qui, au moment de se mettre à table, de triompher sur le pot et même, déchéance suprême, au coeur de la tendresse, transforment les enfants en chiots bien éduqués ? Que nenni ! Il fut toujours intégralement respecté, chéri, et même, je dois l’avouer, quelque peu célébré. Dès que je sus lire, mon père développa à mon endroit un intérêt que les phases végétative et ludique n’avaient que médiocrement éveillé – encore que je ne me plaigne nullement, que cela soit bien compris, d’un quelconque manque d’amour – et m’entraîna souvent dans sa bibliothèque, riche d’un grand nombre d’ouvrages, pour déployer devant mes yeux l’un de ses trésors, dans lequel le fameux mot figurait à de multiples reprises. Il chaussait ses lunettes, repérait le volume sur les étagères et déclarait invariablement : « Voici ton berceau, marqué du sceau glorieux de la myopie ! » C’était, je m’en souviens bien, le Scriptores rerum germanicorum de Reuberus, un énorme codex de plus de mille trois cents pages, pesant au moins dix kilos. Maximilien, juché sur l’escabeau – je ne me suis jamais expliqué pourquoi il conservait une telle chose en hauteur –, oscillait dangereusement avant de s’équilibrer et de s’effondrer sur le tapis. On se couchait sur le ventre, et on l’ouvrait au hasard, en parcourant du regard les immenses pages. Celui qui trouvait trois « Grégorius » d’affilée avait gagné, et comme naturellement mon père lisait plus vite que moi, il l’emportait souvent : « Repère les majuscules, disait-il, la longueur et la forme des mots. Ne t’inquiète pas, un jour, tu verras, tu me laisseras gagner…» En attendant ce fameux jour, qui hélas ne devait jamais arriver, je réclamais des revanches, lesquelles m’étaient toujours accordées avec des cris de protestation : « Encore une partie, mais après, au lit ! Demain nous referons une petite heure. » Je ne sais pas où se trouve aujourd’hui ce livre géant, qui était, c’est vrai, beaucoup trop gros pour voyager. Massacré sans doute, dépecé, ou simplement disparu dans le pillage de notre appartement. Mais je le revois avec une grande précision : à l’intérieur de la couverture à la belle teinte sombre, une note manuscrite expliquait que l’exemplaire était l’un des très rares à avoir survécu à l’incendie ayant ravagé l’atelier de l’imprimeur. Mon père avait un soupir de respect, et commentait : « C’était en 1726, Grégorius, à Francfort. Les flammes s’étendirent à plusieurs maisons… Deux adultes et trois enfants périrent. Nous tenons entre nos mains un survivant. » Pauvre Reuberus ! Le miracle ne s’est pas reproduit, et je gagerais qu’il n’en reste plus rien : des mains brutales l’ont profané, ou le feu, patient, l’a rattrapé. Une flammèche, couvant depuis des siècles sa revanche, a entré sa langue en lui, comme la nuit, la longue nuit qui s’achève, a fini par envelopper Grégorius. J’aimais mon prénom, son étrangeté sacerdotale, le fait qu’il fût pris dans l’entrelacs des récits et des chroniques, l’aisance avec laquelle il m’aida à supporter, comme l’avait prédit mon père, les lorgnons qui dès l’âge tendre vinrent compliquer mon visage, faisant de moi, pour l’éternité d’un cousinage cruel avec les hommes, une « tête à carreaux ». Je compris plus tard, à la bibliothèque du Prytanée, qu’une admiration partagée pour le sorcier de la Trave, qui s’était essayé à une jolie fantaisie gothique sur le destin du pape Grégoire, était également entrée en ligne de compte dans le choix de mes parents. Grégorius : que ne s’oublie pas la légende de celui, qui ayant sucé le jus de la pierre et s’étant lui-même transformé en mousse, entra dedans Rome pour y trôner ! Je les remercie encore, Mathilde et Maximilien, d’avoir fait de ma naissance une sorte d’hommage magique, et même, quoique mon destin se soit acharné à les contredire, un plaidoyer pour la fantaisie. Ma mère, qui avait hérité de sa mystérieuse famille un tempérament voyageur et romanesque, possédait mieux que personne le « génie de la narration » et m’abreuvait d’histoires, dont beaucoup de son invention ; quant à Maximilien, sans exagération, c’était un érudit d’une espèce délicate, qui devait me léguer son goût pour les grandes traversées livresques, sables mouvants à la pédagogie parfois pesante, mais dans lesquelles on pouvait reconnaître, à quelque bizarre sécheresse de la peau, la morsure de l’air du large. Grégorius, de la fenêtre qui voit converger vers elle des millions de regards avides, fait un geste amical à ceux qui acceptent maintenant de s’enrober malicieusement à sa vie pour un temps non négligeable. Si son sourire semble quelque peu forcé, c’est qu’il ne prise guère ces situations officielles, et qu’il ne peut garantir un voyage paisible. Ce qu’il promet, en revanche, et malgré l’exigence de décence malheureusement liée à sa fonction, c’est d’en taire le moins possible.


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Présentation de : Frédéric Sounac

Frédéric Sounac

Agrégé de lettres modernes, ancien élève de l’ENS et du conservatoire de Paris (premier prix d’histoire de la musique), Frédéric Sounac a enseigné dans les universités de Tours, Strasbourg, Regina (Saskatchewan, Canada) puis à Toulouse où il se consacre actuellement à l’étude des esthétiques romanesques et des relations entre littérature et musique. Maître de conférences en littérature comparée, il est passionné de littérature américaine, et en particulier de roman policier.

Ses partenariats réguliers avec de nombreux musiciens professionnels, notamment avec la grande pianiste Maria João Pires, l’ont conduit peu à peu à l’écriture de pièces de théâtre « musicales » :  Le Cercle de Kreisler, L’Hypothèse Mozart, Saisons d’homme et Opus posthume.


Agnus Regni est son premier roman.




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