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Yves Ravey est né à Besançon (Doubs) en 1953. Il a publié aux éditions de Minuit une douzaine de romans, dont Enlèvement avec rançon en 2010. Pour le théâtre, il a écrit [...]Lire la suite >>
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Débutants

œuvres complètes t.I

De Raymond Carver
Débutants  - Raymond Carver
Paru le : 02/09/2010
Editeur : Olivier
Collection : Oliv. Lit.et
ISBN :
EAN : 9782879296593
Nb. de pages : 336
Poids : 329 g
Dimensions : 14cm x 20.5cm x 2.3cm

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Débutants  - Raymond Carver Agrandir la couverture

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Quatrième de couverture Extrait du livre Présentation de Raymond Carver

Quatrième de couverture

Le 20 avril 1981, l’éditeur new-yorkais Alfred A. Knopf publiait un recueil de nouvelles de Raymond Carver intitulé What We Talk About when We Talk About Love. Carver était encore peu connu. La parution de ce livre le rendit mondialement célèbre, et fit de lui – à son corps défendant – le « pape » du minimalisme. L’ouvrage parut en France en 1986 aux Éditions Mazarine, dont j’étais le directeur littéraire, sous le titre Parlez-moi d’amour. Nous ignorions alors que le texte d’origine avait été amputé de plus de 50 % par l’editor de Carver, Gordon Lish, et qu’à la suite de ce « charcutage » (pour reprendre ses propres termes), Carver s’était brouillé pour toujours avec Lish.
Il y a deux ans, la veuve de Carver, Tess Gallagher, a retrouvé le manuscrit original, donc intégral, de l’oeuvre. Nous en publions aujourd’hui la traduction française, sous son titre primitif : Débutants. C’est un livre entièrement différent que nous proposons au public français, qui va découvrir un Carver proprement inédit.
La parution de Débutants aux U.S.A. a provoqué une vive polémique. Deux écrivains de première grandeur – Philip Roth dans le New Yorker, Stephen King dans le New York Times – ont exprimé leur enthousiasme pour ces textes d’une extraordinaire fraîcheur, dans lesquels Carver laisse libre cours à la puissance de ses émotions. D’autres critiques, en revanche, ont jugé que, sans les coupes pratiquées par Gordon Lish, les nouvelles perdaient une grande partie de leur originalité. À chacun de juger. Pour ma part, je considère la publication de ce livre « uncut » comme un véritable événement littéraire, qui soulève une quantité de questions fondamentales relatives à l’écriture et… à l’édition.
Ce texte remarquable constitue le tome 1 des OEuvres complètes de Raymond Carver : 9 volumes dont la publication s’étalera sur 3 ans (de 2010 à 2012), comprenant nouvelles, essais et des poèmes en partie inédits, dans des traductions entièrement rénovées. J’ai la conviction qu’une entreprise éditoriale de cette ampleur permettra aux Français de redécouvrir ce géant de la littérature américaine, pour qui un grand nombre d’écrivains français éprouvent admiration et gratitude – je pense en particulier à Philippe Djian, Jean-Paul Dubois, Geneviève Brisac, Olivier Adam, Annie Ernaux, Tanguy Viel, Christian Oster, et bien d’autres encore.

Olivier Cohen




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Extrait du livre

Ce matin-là, elle me verse du scotch, du Teacher’s, sur le ventre, et le lèche. L’après-midi elle essaie de se jeter par la fenêtre. Je ne peux plus supporter tout ça, et je le lui dis. Je fais, « Holly, ça ne peut pas durer. C’est de la folie. Il faut que ça s’arrête. »
Nous sommes assis sur le canapé dans une des suites de l’étage. Aucune réservation, on n’avait que l’embarras du choix, mais il nous fallait une suite, un endroit où on pouvait circuler et être à même de parler. On avait donc fermé le bureau du motel ce matin-là pour aller à l’étage dans une suite.
Elle fait, « Duane, c’est tuant. »
Nous buvons du Teacher’s avec de la glace et de l’eau. Nous avons dormi un moment entre le matin et l’après-midi. Puis elle s’est levée d’un bond en menaçant de se jeter par la fenêtre en sous-vêtements. J’ai dû la saisir à bras-le-corps. On n’était qu’au premier, mais n’empêche.
« J’ai mon compte, qu’elle fait. Je n’en peux plus. » Elle applique le dos de sa main contre sa joue et ferme les yeux. Elle secoue la tête d’avant en arrière avec son espèce de murmure. J’en mourrais de la voir comme ça. « De quoi tu n’en peux plus ? je fais, alors que je le sais évidemment. Holly ?
– Je ne vais pas te l’expliquer encore une fois, elle fait. Je ne me maîtrise plus. J’ai perdu ma fierté. Autrefois j’étais fière. »
C’est une jolie femme d’à peine plus de trente ans. Elle est grande et a de longs cheveux noirs et les yeux verts, la seule femme aux yeux verts que j’aie jamais connue. Dans les premiers temps j’avais toujours des choses à dire sur ses yeux verts, et elle, elle disait qu’elle se savait promise à quelque chose de pas ordinaire. Là, elle prêchait un converti. Je me sens épouvantablement mal de tout et du reste.
En bas dans le bureau j’entends le téléphone qui sonne de nouveau. Il n’a pas arrêté de sonner toute la journée. Même pendant que je somnolais tout à l’heure je l’entendais. J’ouvrais les yeux pour regarder le plafond en écoutant la sonnerie et en me demandant ce qui nous arrivait.
« J’ai le coeur en miettes, elle fait. Il est changé en pierre. Je ne suis plus responsable. C’est ce qu’il y a de plus grave, que je ne sois plus responsable. Je n’ai même plus envie de me lever le matin. Ça a pris du temps d’arriver à cette décision, Duane, mais il faut qu’on se sépare, chacun de son côté. C’est fini, Duane. Autant le reconnaître.
– Holly », je fais. Je tends la main vers la sienne mais elle la retire.


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Présentation de : Raymond Carver

Raymond CarverRaymond Carver est né en 1938 à Clatskanie (Oregon), sur la côte nord du Pacifique. Il a passé son enfance et son adolescence à Yakima, dans l'État de Washington. Dans cette région, les paysages et les hommes sont rudes. On est bûcheron, chasseur, pêcheur. Carver aima profondément son père, employé toute sa vie dans une scierie, détruit par la pauvreté, la dépression et l'alcool. Dans un de ses plus beaux poèmes, il écrit : « Papa je t'aime / Mais comment pourrais-je te remercier / Moi qui ne sais pas boire non plus / et ne connais même pas les bons coins pour pêcher ? »

À dix-huit ans, Carver épouse une jeune fille de seize ans. Commence alors une existence laborieuse et morne de petits boulots ' veilleur de nuit, livreur, pompiste, manutentionnaire, homme de ménage ', de tracas quotidiens, de difficultés financières.

En 1958, il fait la connaissance de l'écrivain John Gardner. Cette rencontre est une révélation. Carver doit écrire. Il faudra néanmoins dix ans avant que Gordon Lish, le gourou du magazine Esquire, accepte une de ses nouvelles. Lish devient son éditeur et publie son premier recueil. Tout s'accélère : Carver signe avec le New Yorker un contrat d'exclusivité. Il enseigne dans plusieurs universités. Prix littéraires, bourses, subventions, les distinctions se multiplient. Son oeuvre est traduite en Europe et au Japon. Des disciples commencent à se rassembler autour de lui. Il ne les reconnaîtra jamais comme tels, réservant son affection à des écrivains très différents de lui. « La révélation de la fiction de Carver au début des années soixante-dix a fait éprouver à de nombreux écrivains de ma génération un choc voisin de celui qu'avaient provoqué, un demi-siècle plus tôt, les phrases lapidaires d'Hemingway : même simplicité, même clarté, mêmes répétitions, mêmes rythmes proches de ceux du langage parlé, même précision dans les descriptions. Les cafés, les pensions et les champs de bataille d'Europe faisaient place aux campings pour prolos et aux grands ensembles, les professions de prestige aux boulots minables sans perspective d'avenir. Dans les ruisseaux carvériens, les truites tendaient à être des monstres déformés par la pollution. Les petits vins du terroir faisaient place au gin bon marché, les libations exaltantes à l'abrutissement de l'alcoolisme quotidien » (Jay McInerney). Au fil de ses nouvelles et poèmes, le style Carver s'impose, et cette façon si singulière d'aller à l'os : « Tout est important dans une histoire, affirme-t-il à David Koehn en 1978, chaque mot, chaque signe de ponctuation. Je crois très profondément en l'économie dans la fiction. Quelques-unes de mes nouvelles, comme De l'autre côté du palier, étaient trois fois plus longues dans leur première version. J'aime vraiment le processus de réécriture. »

En 1977, Carver rencontre Tess Gallagher, qui devient sa compagne. Il cesse de boire. Cette victoire sur l'alcoolisme est, à ses yeux, son plus beau titre de gloire. Début 1988, on diagnostique un cancer du poumon. Il meurt quelques mois plus tard (en attendant, il a épousé Tess à Reno). Ce jour-là, un titre barre la une du London Times : « Le Tchekhov américain est mort ».

L'oeuvre de Raymond Carver est traduite dans une vingtaine de langues. En France ses premiers livres ont été publiés par Olivier Cohen aux Éditions Mazarine (Les Vitamines du bonheur, 1985 Parlez-moi d'amour, 1986 Tais-toi, je t'en prie, 1987) et chez Payot (Les Trois Roses jaunes, 1989). Ont suivi, Les Feux, en 1991, N'en faites pas une histoire et Neuf histoires et un poème, en 1994 Robert Altman a librement adapté ce recueil dans son film Short Cuts (Lion d'or au festival de Venise en 1993) ', Qu'est-ce que vous voulez voir ?, en 2000.


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