La petite trotteuse
De Michèle Lesbre
Paru le : 19/08/2005
Editeur : Sabine Wespieser
Collection : Litterature
ISBN :
EAN : 9782848050362
Nb. de pages : 192
Poids : 240 g
Dimensions : 14cm x 18.3cm x 1.2cm
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La petite trotteuse
Prix : 5.41 €
Paru le : 2007/03/01
Editeur : Gallimard
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Romans
Autobiographies
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du 10 juillet 1981
Quatrième de couverture
D’un geste machinal, j’avais mis la montre en marche. Le tic-tac avait surgi avec une violence inattendue. J’avais cru ne pas survivre à ce bruit presque imperceptible, cette course inexorable de la petite trotteuse qui me donnait le vertige. Trente ans après sa mort, mon père me quittait de nouveau. La douleur était entrée en moi d’un seul coup. M. L.Depuis qu’elle a retrouvé cette montre, la narratrice s’est elle-même mise en mouvement : suivant une impulsion implacable, elle visite des maisons, comme pour retrouver le lieu d’un rendez-vous manqué.
Alors qu’elle est au bout de son improbable quête, le présent se substitue de plus en plus souvent, en autant de fondus enchaînés, à des scènes de sa vie passée : dans l’hôtel où elle s’est installée, le gros chat orange la renvoie à celui qui l’attend quelque part, mais aussi au compagnon de ses jeux de petite fille ; les pas de son voisin se superposent à ceux de son père, lourds de chagrin ; l’ombre de sa mère, silhouette frivole, rôde…
Dans la maison du bord de mer, dernière étape du périple, la houle des souvenirs l’assaille : les images de son enfance qui commença avec la guerre, celles des uniques vacances en famille, un désastre, celles d’esquisses de maisons aussi, dessinées par un père triste et mystérieux, mort trop tôt et avec qui pourtant elle n’a pas cessé de s’entretenir.
Peu à peu se construit, sous nos yeux, et presque à l’insu de la narratrice, un magnifique et subtil roman des origines : les fils de sa vie se dénouent, ses engagements s’éclairent à la lumière des idées qu’elle soupçonne avoir été celles de son père… et elle connaît enfin l’apaisement.
Jamais Michèle Lesbre n’est allée si loin dans l’entrelacement de son expérience intime et de la fiction, et jamais elle n’a montré de manière si lumineuse le pouvoir rédempteur des mots, qu’elle tisse comme un enchantement.
Dans la presse
Rien n'est anodin dans «la Petite Trotteuse», le neuvième roman de Michèle Lesbre. Ni le chat orange aux yeux cuivrés despotique qu'Anne, la narratrice, rencontre sur son chemin et dont elle saisit le langage, ni la façon singulière qu'elle s'attribue pour visiter des maisons à vendre: d'avance elle sait qu'elle n'en achètera aucune. Anne est en perpétuel mouvement, à l'instar de la montre du père disparu que sa veuve dédaigneuse avait oubliée dans un tiroir. Il est vrai qu'elle avait caressé la terre de son jardin plus souvent que la main du mari. Pour la fille, en revanche, la montre devient un compagnon qu'elle ne quittera jamais. Sa palpitation mécanique la rassure. Près d'elle, cet objet devient comme le coeur de son père, qui lui manque avec une telle douleur qu'Anne est incapable de se recueillir sur sa tombe... Des scènes de son enfance, et de la guerre, rouvrent des plaies mal cicatrisées. Et puis, au premier plan toujours, cet homme mystérieux, «au pas lourd de chagrin», qui sentait le tabac, chantait faux et ne riait guère. Son père, le «vagabond de ses cauchemars»... «La Petite Trotteuse» est un roman d'une beauté mélancolique, une lettre d'amour au père.
Ruth Valentini - Le Nouvel Observateur
Michèle Lesbre écrit toujours à la première personne. Pour être au plus juste de ses personnages, des gens qui se cherchent et trouvent leur énergie dans leur fragilité. Pour être au plus près d'elle-même aussi, qui construit ses fictions en puisant au plus profond de sa mémoire et de son expérience. Jamais sans doute n'est-elle allée aussi loin que dans ce texte vibrant d'intelligence et de sensibilité... Infiniment subtil, d'une grande beauté formelle, La Petite Trotteuse bouleverse par sa sincérité. Michèle Lesbre a trouvé sa voix.
Michel Abescat - Télérama
Extrait du livre
La gare était assoupie sous le soleil. J’étais seule à descendre du train, à traverser un hall silencieux et désert. Je pensais que si j’achetais la maison que je venais visiter, ce décor pourrait devenir familier. C’était une étrange idée, je ne l’achèterais pas plus que toutes les précédentes. Je me contentais d’explorer les lieux et de m’abandonner à quelques rêveries qui me rapprochaient peu à peu de ce que je cherchais et que j’étais incapable de formuler clairement. Je savais que cette maison était la dernière, et sans doute était-ce la raison pour laquelle j’éprouvais un peu d’anxiété, mais aussi une sorte de soulagement. Ce parcours épuisant touchait à sa fin. Du moins je l’espérais. Je me souvenais des termes exacts de l’annonce et j’imaginais ce « havre de paix » avec la même émotion que s’il se fût agi de venir épouser l’homme de ma vie. Cela me fit sourire. J’avais déjà épousé un homme de ma vie, il y avait bien longtemps. C’était une autre histoire de laquelle d’ailleurs je m’étais échappée.
Je perdais mon regard derrière la vitre du train. Le paysage me ressemblait, une lassitude, une douceur aride, un désir inassouvi. La soif de tout montait de la terre comme d’un corps épuisé dont les cris inaudibles s’étranglaient dans la touffeur de l’été. Le ciel d’un bleu trop limpide écrasait la campagne que la moindre étincelle semblait pouvoir allumer et ravager en un instant. Je sentais au fond de moi ce danger, cette catastrophe possible. C’était sans doute ce qui me plaisait.
J’ai marché un moment dans des rues sages où divaguaient des chiens. Sur la place de l’église, les pigeons venaient se désaltérer à la fontaine dont le murmure résonnait dans la torpeur. Je percevais des bruits domestiques à travers les fenêtres ouvertes. Contrairement aux apparences, l’endroit était habité.
L’auberge somnolait derrière les persiennes tirées pour la protéger d’une chaleur inhabituelle. La porte était fermée. J’ai appuyé sur la sonnette selon les instructions qu’une main maladroite avait griffonnées en prenant soin d’oublier un n au mot sonnette, que l’on avait rajouté en suspens comme un chapeau ridicule. Une femme est apparue, suivie d’une jeune fille. Elles portaient toutes les deux une blouse aux manches retroussées et des espadrilles. J’ai évoqué mon appel téléphonique de la veille. En esquissant un vague salut la femme a décroché une des clés du tableau et, se tournant vers la jeune fille, lui a donné l’ordre de m’accompagner jusqu’à la chambre bleue.
Nous sommes montées à son rythme, lourd et lent. De temps à autre elle perdait l’une de ses espadrilles qu’elle renfilait d’un geste vif, en poussant un soupir. Son corps portait une fatigue insensée, un ennui accroché à la peau. Ses cheveux tenus par un foulard noué sur la nuque répandaient une odeur d’huile parfumée. Elle m’a entraînée au fond d’un couloir sombre, a ouvert une porte. La chambre était plongée dans une demi-obscurité, mais elle était rose, d’un rose délavé, les murs, la moquette, les rideaux. Elle est rose, ai-je dit pensant lui faire remarquer son erreur, mais elle m’a répondu, C’est comme ça pour tout, ici, c’est toujours autre chose, mais c’est pareil. Une fille si jeune pouvait-elle être à ce point résignée ? Je suis restée interloquée, elle m’a tourné le dos et n’a pu s’en apercevoir. Elle s’est avancée vers la fenêtre, a poussé les persiennes et a marmonné sans conviction, Voici, Madame.
Cela m’était complètement égal qu’elle fût bleue ou rose cette chambre, c’était sans importance. De toute évidence nous ne tomberions pas d’accord si je persistais à prétendre qu’elle était rose. Je l’ai remerciée. Elle a traîné les pieds jusqu’à la porte et a disparu dans le couloir. J’ai posé ma valise sur le lit avant d’aller m’asseoir sur le rebord de la fenêtre.
L’air chaud venait sur moi par vagues molles, une marée brûlante envahissait la chambre. La maison d’en face n’avait pas de fenêtres, elle tournait le dos, un dos voûté comme celui des vieillards. Une treille courait sur toute sa longueur. Tout à côté, des pots de géraniums surplombaient un jardin que je devinais être un somptueux fouillis.
Un homme à bicyclette s’est engagé dans la rue, suivi de son chien, langue pendante et souffle court. L’homme avait le visage en sueur et sa chemise humide se collait à son dos. Il pédalait avec lenteur et jetait de temps à autre un regard en arrière. Le chien s’est brusquement arrêté pour humer la trace encore luisante qui souillait le bas d’une porte. L’homme s’est retourné, a émis un grognement et l’animal a poursuivi sa route. Il était presque cinq heures, la chaleur ne faiblissait pas, la vie restait encore blottie au creux des maisons, dans l’ombre et le frais, en attendant.
J’ai ouvert ma valise et rangé mes affaires, relu l’annonce qui m’avait amenée jusque-là . Il y était mentionné que la maison confortable et coquette était à un prix très raisonnable (sans que ce dernier fût précisé pour autant) et qu’elle se situait dans un lieu-dit à six kilomètres du village. J’avais rendez-vous le lendemain en fin de matinée avec un des employés de l’agence qui se trouvait à Nantes. Il me fallait un chauffeur ou bien m’assurer qu’il y aurait un bus, je ne me voyais pas emprunter une bicyclette et me lancer dans cette aventure sous un soleil brusquement devenu fou. Je n’avais pas pensé à ce trajet avant mon départ. Je suis redescendue dans le hall, pour prendre les renseignements nécessaires. Il n’y avait personne. Un chat orange dormait sur ce qui devait être un registre. L’horloge monumentale égrenait les minutes avec un bruit métallique et lancinant. J’ai tenté de réveiller quelqu’un en me raclant la gorge, puis en appelant. En vain. L’auberge avait été désertée à mon insu et peut-être l’homme et son chien étaient-ils les derniers fuyards dans un monde évanoui. Je suis remontée à l’étage.
La porte d’une chambre légèrement entrouverte laissait apparaître le lit défait et des vêtements jetés en pagaille sur une chaise. J’ai tenté de percevoir un quelconque indice d’une présence, mais il n’y avait que le silence et sa drôle de mélodie, cette musique intérieure qui me donne des frissons. J’ai poussé la porte et je n’ai rien vu d’autre que le lit en désordre et la chaise encombrée, dans leur immense solitude, malgré les livres qui se bousculaient sur la table de nuit et le léger tic-tac d’un réveille-matin.
Présentation de : Michèle Lesbre
Michèle Lesbre vit à Paris. Elle a commencé voici une quinzaine d'années à écrire des livres qui hantent la mémoire après avoir fait du théâtre dans des troupes régionales et enseigné dans les écoles. Sur le sable, son onzième livre est paru après Le Canapé rouge (qui a figuré sur la dernière liste du Goncourt et a obtenu le Prix Pierre-Mac-Orlan et le Prix Millepages 2007), La Petite trotteuse (Prix des libraires Initiales Automne 2005, prix Printemps du roman 2006, prix de la ville de Saint-Louis 2006), Un certain Felloni (2004) et Boléro (2003), tous publiés chez Sabine Wespieser éditeur.
Nina par hasard (Seuil, 2001) est réédité chez Sabine Wespieser éditeur en mars 2010.
Michèle Lesbre est aussi l'auteur de Victor Dojlida, une vie dans l'ombre (Noésis, 2001), Que la nuit demeure (Actes Sud, Babel noir, 1999), Une simple chute (Actes Sud, Babel noir, 1997), Un homme assis (Manya, 1993 ; Librio, 2000) et La Belle Inutile (Le Rocher, 1991).
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