Le port intérieur
De Antoine Volodine
Paru le : 16/09/2010
Editeur : Minuit
Collection : Minuit Dble
ISBN :
EAN : 9782707321213
Nb. de pages : 192
Poids : 140 g
Dimensions : 11cm x 18cm x 1.1cm
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Romans
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Prix éditeur : 7.01 €
Prix deslivres : 6.65 € (-5%, Maximum legal autorisé)Loi Lang sur le prix unique du livre
du 10 juillet 1981
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du 10 juillet 1981
Quatrième de couverture
C'est dans une venelle du Tarrafeiro, sordide quartier marécageux près du port intérieur de Macau, que s"est réfugié Breughel. Membre d’une société secrète évoquée à travers les noms énigmatiques de « Paradis », « Grand-mère » ou « Les Iles », Breughel a quitté l’Occident. Il a fui avec Machado, un Brésilien, et Gloria Vancouver, l’unedes responsables de l’organisation, en détournant une importante somme d’argent. À Macau, les fugitifs ont pris la nationalité portugaise pour effacer leurs traces. Depuis, Machado est mort, mais le « Paradis » veille. Un tueur, Kotter, est envoyé en mission pour apurer les comptes et exécuter Gloria Vancouver.
Le Port intérieur gravite autour de l’interrogatoire de Breughel, situation narrative récurrente chez Volodine. Ce seront des interrogatoires successifs que le lecteur va découvrir et dont il ne pourra jamais évaluer précisément le degré de réalité. Car pour protéger Gloria Vancouver, Breughel a anticipé de longue date l’arrivée du tueur, disséminant dans son taudis des textes et des photographies devant amener Kotter à la certitude que Gloria est morte accidentellement lors d’un séjour en Corée. Le lecteur va se retrouver pris malgré lui dans une toile d’araignée d’une finesse extrême, faite de dialogues et de monologues entrecoupés de récits de rêves.
Le Port intérieur est écrit dans une langue musicale suspendue au-dessus du silence. Théâtrale, scénique, presque gestuelle, la phrase s’arrête parfois sur l’impossibilité qu’il y a de conclure. Le point final se transforme en trou noir qui aspire tout à la fois les ruminations et les remembrances de Breughel las, exilé, et semble le conduire au silence ultime. Car Le Port intérieur, c’est le lieu même de la littérature.
Jean-Didier Wagneur, Libération
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Extrait du livre
DIALOGUELa bouche tremble. On voudrait ne plus parler. On aimerait rejoindre l’ombre et ne pas avoir à décrire l’ombre. Le mieux serait de s’allonger dans l’amnésie, à la frange du réel, les yeux mi-clos, et d’être ainsi jusqu’au dernier souffle, momifié sous une pellicule trouble de conscience trouble et de silence.
Mais, malheureusement, on ne réussit pas à se taire.
Un homme est là , très près, attentif à ce qui émerge. Il menace, il écoute. Il menace de nouveau, il écoute. On essaie d’éviter son regard. Toutefois, si les lèvres tremblent, ce n’est pas dans la crainte de la douleur et de la mort. C’est plutôt le vieil instinct du bavardage qui les agite. On a trop longtemps cru que parler tissait quelque chose d’utile sur la réalité, dans quoi on pouvait s’envelopper et se cacher, quelque chose de protecteur. Parler ou écrire. Mais non. S’exprimer n’aide pas à vivre. On s’est trompé. Les mots, comme le reste, détruisent. Venons-en au fait, dit Kotter.
Quoi, dit Breughel.
Arrêtez de marmonner, dit Kotter. Racontez ce que vous avez à dire. Qu’on en finisse.
Oui, dit Breughel.
Commencez par Machado, le Brésilien, suggéra Kotter.
Il est mort, dit Breughel.
Il faut bien commencer par quelqu’un, pourquoi pas par lui, dit Kotter.
Il était malade, dit Breughel. Il est mort beaucoup trop tôt. Il nous a laissés en territoire chinois, Gloria et moi, exilés au bord de la rivière des Perles, dans une situation d’attente. Ensuite nous avons vivoté. Rien n’arrivait de ce à quoi je m’étais préparé, ni l’inquiétude ni le bonheur. Le provisoire s’épaississait. Puis le temps est devenu immobile.
Idéal pour vieillir sans peine, fit Kotter.
Pardon ? dis-je.
Rien, dit Kotter. Continuez, Breughel. La rivière des Perles.
La rivière des Perles, soupirai-je. Un delta superbe. Canton, Macau, Zhuhai, Hong Kong.
Je sais, dit Kotter. J’ai survolé en venant. Superbe, oui. Magnifique. On a beau chercher les mots pour peindre, pour dépeindre, on ne.
Oui, dis-je. Cette teinte de la mer près de la côte. Une nuance de vert inconnue en Occident.
Il y eut deux ou trois secondes vides. La pièce mal aérée ruisselait d’humidité. La plupart des objets répandaient des odeurs désagréables. L’évier, les livres, les vêtements sales et à moitié sales, le lit. Kotter de nouveau leva la main. Sur son poing gauche, la sueur luisait.
Donc, Machado, reprit Breughel. Un ami. Et je dis ami pour lui rendre hommage et parce que je le pense. Nous l’avions au coeur, Gloria et moi. Sans sa complicité, nous n’aurions eu aucune chance de nous en tirer. Le Paradis nous aurait rattrapés au bout de trois semaines.
Quel Paradis, interrogea Kotter.
Vous, dit Breughel. Ceux qui vous envoient.
Ah, dit Kotter. C’est comme ça que.
Oui, dit Breughel. L’appellation a été inventée par Machado. Nous ne parlions jamais ouvertement de vous, même à voix basse. Vous savez bien qu’il y a toujours une oreille non bienveillante qui traîne derrière les murs. Une intelligence hostile.
Exact, approuva Kotter. Il faut crypter.
Nous disions aussi le Parti, continua Breughel.
Après tout, nous étions une espèce de cellule dissidente. Cela donnait une fausse dimension politique à notre histoire. Des harmoniques gauchistes vibraient autour de nous comme un halo.
Une cellule dissidente, des anges, maugréa Kotter. Oh, des anges mineurs, dit Breughel. Qui redoutaient de se faire exécuter au rasoir ou au plomb avant d’avoir pu goûter à ce qui.
Allons donc, dit Kotter, comme vous y allez, Breughel.
Avant d’avoir pu goûter à l’amour, par exemple, aux illusions de liberté et de.
Calmez-vous, intervint Kotter. Continuez sur Machado. Son rôle dans votre exil.
Gloria et moi, nous avions l’intention de nous évanouir dans la nature. Mais c’est très compliqué quand on a des tueurs à ses trousses. Très hasardeux. Des tueurs, vous exagérez, dit Kotter.
Ah, dit Breughel. Et vous. J’avais pourtant cru que vous.
Suffit, dit Kotter. Nous en sommes à Machado. Je vous écoute.
L’opération aurait échoué, dit Breughel. La disparition sans bavures. J’aurais tout fait capoter avec mes petites ruses naïves d’amateur. Lui, Machado, ce n’est pas pareil, il avait travaillé dans la clandestinité, au temps de la guérilla urbaine. C’était quelqu’un qui se débrouillait parfaitement dans les mondes parallèles. Vingt-quatre heures lui suffisaient pour obtenir un jeu complet de passeports falsifiés. Et le faussaire ne l’escroquait pas, ne l’égorgeait pas après la remise de l’argent. Il maîtrisait les techniques de l’escamotage. Gloria aurait pu agir, elle aussi. Elle avait une formation de. Elle avait été éduquée avec Machado, dans les mêmes circonstances.
Pas exactement avec lui ni en même temps, tatillonna Kotter.
Je n’en sais rien. Peu importe. Elle ne parlait jamais du Paradis devant moi, presque jamais. Elle gardait le silence sur ses responsabilités dans l’appareil. Ce que je veux dire, c’est qu’elle aurait pu s’occuper du problème. Mais des perturbations psychiques l’empêchaient d’être efficace. Je ne m’en rendais pas compte à cette époque, je venais de faire sa connaissance. Machado a compris vers quel désastre nous courions, et, par sympathie, il a décidé de plonger avec nous.
Des perturbations.
Oui. Le Parti l’avait remarqué, non ? Une fracture mentale qui s’élargissait en elle et qui. Sous une taie de vilaines visions surgies de nulle part, sa personnalité se remodelait en secret. Cela déjà avait étouffé sa perception du monde. Toute justesse dans son regard. Elle perdait patience pour un rien, elle s’était mise à raisonner de façon oblique et tortueuse, en expliquant longuement l’inexplicable, avec des arguments puisés dans des rêves. En la côtoyant jour après jour, on s’apercevait qu’elle mesurait mal les conséquences de ses actes. Ne me dites pas, Kotter, que le Parti l’ignorait.
Vous l’ignoriez bien, vous.
Le Paradis était cloisonné. Le Parti. Je n’avais jamais entendu parler de Gloria avant de la rencontrer. Je n’avais aucune raison de commencer par fouiller son passé d’un oeil critique. Je n’ai pas pour vocation les enquêtes psychiatriques. Nous sommes immédiatement tombés dans les bras l’un de l’autre. La passion, Kotter, je ne crois pas que vous puissiez vraiment saisir. Décrite partout, dans des millions de livres, mais jamais vécue, finalement. Une passion très belle, lumineuse. Nous avons aussitôt envisagé de fuir. D’oublier le Paradis pour toujours. Je n’imaginais pas que. Elle, en revanche, savait tout sur moi, puisque sa mission consistait à me séduire. Il y a, paraît-il, un dossier complet sur chaque cible. Gloria avait étudié le mien.
Breughel semblait disposé à marquer une pause. Kotter insista. Physiquement il insistait, sans rien dire.
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Présentation de : Antoine Volodine
Antoine Volodine a passé son enfance et son adolescence à Lyon, où il fait également ses études supérieures. Après avoir enseigné le russe pendant quinze ans, il choisit de se consacrer à l'écriture et à la traduction. En 1985, il confie un manuscrit à Denoël, qui publiera ses quatre premiers romans dans la collection Présence du futur, parmi lesquels Rituel du mépris, Grand prix de la science-fiction française en 1987. Son oeuvre à la poétique exigeante échappe à toute classification et compte aujourd'hui près de quinze titres, dont Des anges mineurs, couronné en 2000 par le prix du Livre Inter.
Volodine, qui souhaite à la fois «pratiquer la littérature comme un art martial» et «écrire en français une littérature étrangère», donne dans ses romans la parole à des écrivains marginaux, prisonniers ou malades mentaux. Il revendique le rôle de «porte-parole» de préférence à celui d'auteur. Il a forgé un univers singulier et violent, à la lisière du fantastique, du surréalisme et de la fiction politique, où se superposent les voix des chamanes visionnaires et les murmures des hommes et des femmes ayant perdu la guerre révolutionnaire.
Il nomme lui-même cette construction romanesque le «post-exotisme».
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