Rosie Carpe
De Marie NDiaye
Paru le : 03/09/2009
Editeur : Minuit
Collection : Minuit Dble
ISBN :
EAN : 9782707320971
Nb. de pages :
Poids : 278 g
Dimensions : 11cm x 18cm x 2cm
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Rosie carpe
Prix : 18.10 €
Paru le : 2001/02/22
Editeur : Minuit
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Prix éditeur : 9.50 €
Prix deslivres : 9.02 € (-5%, Maximum legal autorisé)Loi Lang sur le prix unique du livre
du 10 juillet 1981
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du 10 juillet 1981
Quatrième de couverture
La vie de Rosie Carpe commence à Brive-la-Gaillarde, entre son frère Lazare et ses deux parents Carpe qui sont encore, alors, dépourvus de toute espèce de fantaisie vénéneuse. Rosie conservera de Brive un souvenir confus et voilé de jaune, tandis que, pour son frère Lazare, le bonheur à Brive-la-Gaillarde gardera les couleurs d'un magnolia dont il est le seul à se rappeler la splendeur.Ensuite, à Antony, Rosie Carpe est adulte. Elle met au monde Titi, travaille, et doucement chavire.
Quand Rosie Carpe débarque en Guadeloupe, elle a perdu depuis longtemps la maîtrise de ce qu"elle fait. Et tout ce qui lui arrive, enfant ou désastres, concerne tout aussi bien quelqu’un qui n’est peut-être pas elle.
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Dans la presse
Entre Brive-la-Gaillarde et Pointe-à-Pitre, entre Rosie Carpe, mélange instable de torpeur et d’entêtement, et son grand frère disparu, Lazare, un minable aventurier, Marie NDiaye noue avec art plusieurs intrigues sous le sceau du mystère. Et de la détresse d’enfants mal aimés.Pierre Lepape (Le Monde, 9 mars 2001)
Roman des filiations, inclassable et violent, le huitième livre de Marie NDiaye, Rosie Carpe, est une réussite. L’histoire d’une femme en quête de son frère en Guadeloupe, territoire hors frontières : une lecture qui laissera longtemps un profond sentiment d’inquiétante étrangeté.
Marc Weizmann (Les Inrockuptibles, 6 mars 2001)
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Extrait du livre
Mais elle n’avait cessé de croire que son frère Lazare serait là pour les voir arriver, elle et Titi, que Lazare, frère aîné, aurait le bon goût de lui épargner l’attente inquiète et légèrement humiliante parmi la foule de vacanciers que des hôtes rétribués, eux, venaient chercher, surgissant de toutes parts avec leur grand sourire blanc et, aux pieds, leurs claquettes de plastique qui les annonçaient d’un bruit mouillé, et leurs bermudas sans soucis et leurs joyeuses chemisettes ornées d’injonctions humoristiques. Il lui avait même paru d’une telle évidence que son frère Lazare, quoi qu’il fût devenu, se mettrait en frais pour elle et l’accueillerait dès sa descente d’avion avec les signes d’une attention quelconque (pas de fleurs, car elle n’était que sa soeur, mais tenue élégante pour l’honorer et peut-être, cadeau pour Titi), qu’à deux reprises elle marcha vers un jeune homme qui aurait pu être Lazare tel qu’elle l’espérait, en souriant et tendant sa joue de loin, tirant Titi qui trébuchait de fatigue.Elle s’écriait gaiement : « Lazare ! Yaouh ! » Puis elle chatouillait le creux de la main de Titi et Titi, brave et obéissant, criait : « Tonton ! Yaouh ! »
Mais pas de Lazare, rien que de la confusion et de l’embarras, ensuite une sorte de colère mauvaise lorsqu’elle se rappela qu’elle était venue précisément pour en finir avec ces sentiments-là, de gêne et de honte, et c’était son frère Lazare qui les lui faisait éprouver de nouveau, alors qu’elle débarquait à peine et ne voulait, sur cette terre nouvelle, rien connaître de ce qu’elle quittait, en fait de tracas et de pesanteur. Voilà que son frère Lazare lui recollait le nez dedans, avant même de s’être montré, et voilà qu’elle était, encore et de nouveau, mortifiée.
Rosie entoura les épaules du garçon, Titi, dont les yeux se fermaient malgré lui, elle le poussa doucement vers une banquette, dans un coin de la salle d’attente.
Son frère Lazare n’avait guère connu Titi.
Qu’allait penser Lazare, se demanda-t-elle, lorsqu’il arriverait enfin et découvrirait cet enfant maigre et pâle, aux jambes si blanches, si osseuses, sous le large short colonial qu’elle lui avait acheté et qui lui semblait maintenant, à elle (kaki et bardé de nombreuses poches à soufflets), parmi les tenues bariolées, austère et vieillot ? Son frère Lazare verrait un petit monsieur de six ans démodé et fragile, qui, dans son short et son polo, n’avait rien de la vivacité internationale, de l’espèce d’enjouement démocratique qui faisaient bondir et sauter entre les sièges, malgré la fatigue, les autres enfants, là, se dit Rosie. Lazare remarquerait tout de suite que Titi n’était ni gai ni pétulant ni léger, qu’il n’avait pas de mots charmants ni de sourires malins, et que, comme par un fait exprès, ses sandales marron, ses socquettes blanches, en attestaient.
Rosie observa que les autres gosses ne portaient que des chaussettes imprimées et des chaussures de sport. Et son frère Lazare n’allait-il pas, comme elle maintenant, comprendre immédiatement qu’une petite existence qui débutait sous le signe de la correction bourgeoise, maladroitement imitée (l’idée qu’elle s’en faisait de loin !), n’avait que peu de chances de se déployer naturellement vers la réussite, l’harmonie tranquille, l’équilibre des désirs et des moyens ? Tout cela, c’était certain, son frère Lazare le saisirait au premier regard, se dit Rosie.
Elle s’assit près de l’enfant, la grosse valise bien calée entre ses cuisses. Elle posa la main sur le bras maigre, presque transparent, de Titi, il tourna vers elle son visage anxieux, et Rosie lui souffla :
– Je vais t’acheter de vrais vêtements de vacances, tout un tas, oui. Tu seras content ?
– Et Lazare, où est Lazare, maman ?
– T’en fais pas, le voilà.
Et Rosie n’avait répondu ainsi que pour gagner un peu de temps, car l’inquiétude constante et sinistre de Titi la troublait (depuis toujours, disait-elle, l’enfant avait peur, sans motif, comme une chouette, un petit augure détraqué), et aussi dans le vague espoir que les mots feraient apparaître celui dont il était question, mais à présent ses yeux se plissaient et une chaleur soudaine rougissait sa nuque et ses joues, comme elle apercevait, dans la porte à battants, la longue silhouette de son frère Lazare. Une éternité s’était écoulée depuis l’arrivée de l’avion, lui semblaitil. Elle pensa qu’elle s’était assoupie sans doute, car la salle était déserte et son propre crâne bourdonnait. Et la nuit était venue.
– Il est là, mon Titi. C’est lui, dit-elle sans joie, brusquement intimidée.
Titi avança les lèvres, hésitant, fronça le nez puis murmura :
– Yaouh, tonton.
Elle remarqua comme les cheveux ternes de l’enfant paraissaient clairsemés, comme on apercevait bien son crâne bleuté, entre les mèches raides. Mais, songeat- elle, elle prendrait soin de Titi à présent, le nourrirait convenablement, ferait de lui un garçon pétillant et dynamique, dont la décontraction, la légèreté, interdiraient de deviner d’où il venait. Son impatience à transformer Titi et l’impossibilité de commencer tout de suite la rendirent rêveuse. L’enfant lui pinça doucement la hanche.
– Il est là, maman. Lazare.
Elle sentit qu’il était mal à l’aise, effaré. Dans un effort pénible, elle adapta son regard à la forme mince qui s’approchait d’eux sans hésiter. Puis elle sentit monter dans sa gorge l’envie de vomir, elle pressa les lèvres, ferma les yeux.
Mais était-ce bien son frère Lazare ?
– Je ne sais pas si c’est lui, Lazare, glissa-t-elle à Titi. Ne t’en fais pas, hein.
Il eut un petit cri de déception que l’autre, le jeune homme qui était peut-être Lazare, entendit certainement.
Les poings serrés, elle se concentrait de toutes ses forces sur la nécessité de faire refluer la nausée. Titi, coutumier de la situation, soudain plein de sang-froid, lui tapotait le dos. La tête vide, elle rouvrit les yeux.
Comment pouvait-elle douter de l’aspect de son propre frère ?
Le haut-le-coeur était dompté mais toujours en faction, plus bas, au creux de l’estomac.
Et qui était Lazare, qu’était-il devenu, Lazare, frère aîné ? Il y avait maintenant cinq ans qu’ils ne s’étaient vus, depuis le jour où il avait choisi de s’exiler vers cette terre inconnue d’eux, dans l’espoir d’y prospérer. Mais, à présent, comment être certaine que celui-là n’était pas Lazare, avec sa peau sombre, ses cheveux ras à la ligne bien nette sur le front et les tempes ?
Elle et Titi frissonnaient dans la salle climatisée, étant là depuis longtemps, sans bouger, et Rosie redoutait que l’enfant n’eût déjà pris froid. Elle l’étreignit, le frictionna un peu. Ses gros yeux pâles tout agrandis d’incompréhension et de crainte, l’enfant lui dit à l’oreille :
– C’est un Noir. Je le vois bien. Est-ce qu’il peut toujours être Lazare ?
– Un Noir ? Chut. Et toi, est-ce que tu connais Lazare ? Tu n’as jamais vu Lazare, pas vrai, dit Rosie, alors chut, mon Titi, chut.
Elle se leva, les bras écartés, souriant d’un air vague et amical, mais troublée soudainement par la certitude qu’ils formaient tous les deux, Rosie et Titi, quelque chose de pathétique, d’incertain, elle dans ses vieux vêtements de Paris qui l’engonçaient déjà, et Titi tout perclus d’appréhension, raide et inquiet jusqu’à paraître stupide.
Es-tu Lazare ? pensait Rosie, considérant la nouvelle figure qui se penchait vers elle. Car il devait s’incliner, étant si grand, pour l’embrasser, quatre fois, comme en famille.
– Maman, ça ne peut pas être tonton ! s’écria l’enfant, sur le point de pleurer.
– Ah, et qu’est-ce que tu en sais, que je ne suis pas tonton ?
Le jeune homme ouvrit grand la bouche et se mit à rire, cependant ses yeux restaient sérieux et allaient de Rosie à Titi avec une attention un peu froide, songea Rosie.
– Je m’appelle Lagrand, dit-il. Lazare m’envoie vous chercher. Il n’a pas pu venir. Il est en expédition.
– En expédition ?
– Pour ses affaires.
Rosie se sentit froissée, car elle avait prévenu Lazare, son frère unique, trois mois auparavant, de leur arrivée, et Lazare savait qu’elle avait mis presque tout son argent dans les billets, qu’elle ne venait pas le coeur léger ni pour s’offrir un repos pourtant nécessaire.
Quel genre d’affaires pouvait bien l’empêcher, un soir, d’aller à leur rencontre ? se demanda-t-elle.
Elle était soulagée malgré tout que ce garçon aux jambes hautes ne fût pas Lazare, son propre frère : Titi ne se trompait pas et le jeune homme avait la peau très foncée, le nez large, et Titi l’avait vu tout de suite et pas elle, tant elle s’était convaincue que Lazare devait avoir changé en cinq ans, qu’il pouvait même avoir revêtu toutes sortes d’aspects inédits.
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Présentation de : Marie NDiaye
Marie Ndiaye est née en 1967 à Pithiviers et vit dans un village de Gironde. Elle a publié son premier roman "Quant au riche avenir" aux éditions de Minuit en 1985, suivi de plusieurs romans dont "Rosie Carpe" (prix Femina en 2001), de pièces de théâtre, d’un recueil de nouvelles, "Tous mes amis", et en 2005 d’un "Autoportrait en vert". Son premier texte pour enfants, "La diablesse et son enfant", a été publié à l’école des loisirs.Ses parents, tous deux étudiants, se sont connus au milieu des annés 60 en Ile de France. Elle passe son enfance dans la banlieue parisienne, avec un père absent. Son père a quitté la France et est revenu en Afrique alors qu'elle n'avait qu'un an. Elle ne l'a vue que trois fois, le dernière fois remonte à une vingtaine d'années... Sa mère, professeur de sciences naturelles, dont les parents étaient agriculteurs dans la plaine de la Beauce, l'élève donc seule, avec son grand frère.
Ayant commencé à écrire vers l'âge de 12-13 ans, elle n'a que 17 ans (classe de terminale) lors de la publication de son premier ouvrage. C'est à la suite de la parution de cette oeuvre qu'elle rencontre celui qui allait devenir son mari, le père de ses enfants, l'écrivain Jean-Yves Cendrey. Ce dernier lui a écrit une lettre, une lettre de lecteur. Elle a répondu, ils se sont rencontrés.
Rapidement, elle se fait remarquer grâce à son talent littéraire précoce, à sa maîtrise de la langue et obtient une bourse qui lui permet d'étudier pendant un an à la Villa Médicis à Rome.
A 22 ans, elle revoit son père, au Sénégal, un premier voyage en Afrique très mitigé, comme elle le raconte dans un entretien avec lesinrocks.com : "Je ne reconnaissais rien, vraiment rien. Il n’y a strictement aucune transmission dans les gènes qui fait que quand on se retrouve dans le pays d’où vient son père, on se dise “ah, oui, bien sûr, c’est chez moi !”. C’était au contraire profondément étrange, très autre, mais autre dans le sens attirant, pas déplaisant".
Auteur discret mais fécond, épouse, mère de famille, Marie Ndiaye reste éloigné de la vie parisienne. Elle vit avec sa famille, soit à l'étranger, soit en province. Cet éloignement du tumulte médiatique lui permet de construire une oeuvre de qualité, abondante et variée.
Marie NDiaye a reçu le Prix Femina en 2001 avec son roman Rosie Carpedès le premier tour par 9 voix sur 12. Outre la consécration littéraire, le prix lui apporte une certaine aisance financière.
Réussite dans les romans, succès au théâtre. Sa pièce Papa doit manger figure au répertoire de la Comédie-Française. C'est la seule femme écrivain vivante à avoir cet honneur.
En 2009, elle participe à l'écriture du scénario du film de Claire Denis, White Material dont elle dit qu'elle est plus "africaine" qu'elle. La cinéaste, blanche, a passé son enfance au Cameroun. Le film conte l'histoire d'une Française à la tête d'une plantation de café en Afrique en pleine guerre civile.
Elle est lauréate 2009 de la bourse Jean Gattégno du Centre National du Livre
Marie Ndiaye est la sœur de Pap Ndiaye, historien, maître de conférences à l'École des hautes études en sciences sociales, un des plus grands spécialistes de la "question noire" en France. Elle est l'épouse de l'écrivain Jean-Yves Cendrey, avec lequel elle a écrit un ensemble de trois pièces de théâtre intitulé Puzzle en 2007. Le couple a trois enfants et vit actuellement à Berlin.
Interview de Marie Ndiaye pour notre partenaire Transfuge à l'occasion de la parution de son roman "Trois femmes puissantes" (Gallimard, 2009), prix Goncourt 2009.
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