Fuir
suivi de « Ecrire, c'est fuir » : conversation entre Jean-Philippe Toussaint et Cheng Tong, son éditeur en Chine
De Jean-Philippe Toussaint
Paru le : 17/09/2009
Editeur : Minuit
Collection : Minuit Dble
ISBN :
EAN : 9782707320957
Nb. de pages :
Poids : 139 g
Dimensions : 11cm x 18cm x 1.1cm
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Fuir
Prix : 12.35 €
Paru le : 2005/09/16
Editeur : Minuit
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Prix éditeur : 6.80 €
Prix deslivres : 6.46 € (-5%, Maximum legal autorisé)Loi Lang sur le prix unique du livre
du 10 juillet 1981
Prix deslivres : 6.46 € (-5%, Maximum legal autorisé)Loi Lang sur le prix unique du livre
du 10 juillet 1981
Quatrième de couverture
Pourquoi m'a-t-on offert un téléphone portable le jour même de mon arrivée en Chine ? Pour me localiser en permanence, surveiller mes déplacements et me garder à l’œil ? J’avais toujours su inconsciemment que ma peur du téléphone était liée à la mort — peut-être au sexe et à la mort — mais, jamais avant cette nuit de train entre Shanghai et Pékin, je n’allais en avoir l’aussi implacable confirmation.Haut de page
Dans la presse
La mesure noire du tempsShanghai, Pékin, l’île d’Elbe. Jean-Philippe Toussaint se joue de l’espace, resserre le temps, croise les hasards et les sentiments. Il démontre surtout, à nouveau, son art de rendre le monde à sa densité, à ses mystères, à sa contingence
Patrick Kéchichian, Le Monde, 9 septembre 2005
Une femme disparaît
De la Chine à l’île d’Elbe, un cœur bat, chavire… Un homme pleure. Dans « Fuir », Jean-Philippe Toussaint suggère le désarroi, le manque. Tous les grands romans possèdent leur lumière, celui-là chatoie.
Livre étroit, austère, habité, serti dans une simplicité qui étonne face à la lourde quincaillerie des « romans » de la rentrée. On se dit que tous les grands romans possèdent leur lumière, et celui-là chatoie, intelligent et fraternel, désabusé et aristocratique.
Forme, style, rigueur, ponctuation, psychologie : c’est parfait.
Jacques-Pierre Amette, Le Point, 15 septembre 2005
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Extrait du livre
Serait-ce jamais fini avec Marie ? L’été précédant notre séparation, j’avais passé quelques semaines à Shanghai, ce n’était pas vraiment un déplacement professionnel, plutôt un voyage d’agrément, même si Marie m’avait confié une sorte de mission (mais je n’ai pas envie d’entrer dans les détails). Le jour de mon arrivée à Shanghai, Zhang Xiangzhi, relation d’affaires de Marie, vint m’accueillir à l’aéroport. Je ne l’avais vu qu’une fois auparavant, à Paris, dans les bureaux de Marie, mais je le reconnus tout de suite, il était en conversation avec un policier en uniforme juste derrière les guérites de contrôle des passeports. Il devait avoir une quarantaine d’années, les joues rondes, les traits empâtés, la peau lisse et cuivrée, et portait des lunettes de soleil très noires qui couvraient le haut de son visage. Nous attendions ma valise en bordure du tapis roulant et nous avions à peine échangé quelques mots en mauvais anglais depuis mon arrivée qu’il m’offrit un téléphone portable. Present for you, me dit-il, ce qui me plongea dans une extrême perplexité. Je ne comprenais pas très bien l’urgence qu’il y avait à me doter d’un téléphone portable, un portable d’occasion, assez moche, gris terne, sans emballage ni mode d’emploi. Pour me localiser en permanence, surveiller mes déplacements et me garder à l’oeil ?Je ne sais pas. Je le suivais en silence dans les couloirs de l’aéroport, et je ressentais une inquiétude diffuse, encore renforcée par la fatigue du voyage et la tension d’arriver dans une ville inconnue.
Passées les portes en verre coulissantes de l’aéroport, Zhang Xiangzhi fit un bref appel muet de la main et une Mercedes grise flambant neuve vint se garer devant nous au ralenti. Il s’installa au volant, laissant le chauffeur, un jeune type à la présence fluide qui frôlait l’inexistence, monter à l’arrière après avoir rangé ma valise dans le coffre. Assis au volant, Zhang Xiangzhi m’invita à le rejoindre, et je pris place à côté de lui dans un confortable siège à accoudoirs en cuir crème qui puait un peu le neuf, tandis qu’il jouait avec une touche digitale pour régler la climatisation, qui se mit à vibrer doucement dans l’habitacle. Je lui remis l’enveloppe en papier kraft que Marie m’avait confiée pour lui (qui contenait vingt-cinq mille dollars en liquide). Il l’ouvrit, fit glisser le pouce sur le tranchant des coupures pour recompter rapidement les billets et referma l’enveloppe, qu’il rangea dans la poche arrière de son pantalon. Il boucla sa ceinture de sécurité, et nous quittâmes lentement l’aéroport pour prendre l’autoroute en direction de Shanghai. Nous ne disions rien, il ne parlait pas français et très mal anglais. Il portait une chemisette grisâtre à manches courtes, avec une chaînette en or autour du cou et un pendentif en forme de griffe ou de serre de dragon stylisée. Je tenais toujours sur mes genoux le téléphone portable qu’il m’avait offert, je ne savais qu’en faire et je me demandais pourquoi on me l’avait donné (simple cadeau de bienvenue en Chine ?). Je n’ignorais pas que Zhang Xiangzhi menait depuis quelques années des opérations immobilières en Chine pour le compte de Marie, peut-être douteuses et illicites, locations et ventes de baux commerciaux, rachats de surfaces constructibles dans des zones désaffectées, le tout vraisemblablement entaché de corruption et de commissions occultes.
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Présentation de : Jean-Philippe Toussaint
Jean-Philippe Toussaint est l'auteur de La Salle de bain (1985), Monsieur (1986), L'Appareil-photo (1989), La Réticence (1991), La Télévision (1997), Autoportait (à l'étranger) (2000), Faire l'amour (2002), Fuir (2005), La Mélancolie de Zidane (2006) et La Vérité sur Marie (2009); tous parus aux Éditions de Minuit. Ses livres sont traduits en plus de vingt langues: anglais, japonais, allemand, italien, espagnol, néerlandais, suédois, danois, finnois, norvégien, grec, turc, portugais, catalan, tchèque, hongrois, bosniaque, roumain, américain, brésilien, coréen, russe et chinois.Il a réalisé trois films pour le cinéma : Monsieur (1989), avec Dominic Gould, Wojtek Pzoniak, La Sévillane (1992), avec Mireille Perrier, Jean-Claude Adelin, Jean Yanne, et La Patinoire (1999), avec Tom Novembre, Mireille Perrier, Dolorès Chaplin, Bruce Campbell, Marie-France Pisier, Jean-Pierre Cassel. Ses films sont sortis dans de nombreux pays. Pour la chaîne de télévision ZDF, il a réalisé, en collaboration avec Torsten Fischer, Berlin 10 heures 46 (1994), avec Herbert Knaup, Mireille Perrier.
Il a exposé ses photos à Bruxelles et au Japon (à Kyoto et au Contemporary Art Space d'Osaka).
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