Les Serpents
De Marie NDiaye
Paru le : 26/01/2004
Editeur : Minuit
Collection : Theatre
ISBN : 2707318566
EAN : 9782707318565
Nb. de pages :
Poids : 106 g
Dimensions : 11.5cm x 18cm x 0.9cm
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Prix éditeur : 6.50 €
Prix deslivres : 6.17 € (-5%, Maximum legal autorisé)Loi Lang sur le prix unique du livre
du 10 juillet 1981
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du 10 juillet 1981
Quatrième de couverture
Madame Diss a deux belles-filles, France et Nancy.Madame Diss n'a pas fait la route jusqu'à la maison de son fils, perdue dans les maïs, pour le feu d'artifice du 14 Juillet, mais pour tenter de lui emprunter de l'argent.
Le fils de Madame Diss n'a aucune intention de sortir de la maison, aucune intention non plus de lui permettre d'y pénétrer. Seules France et Nancy ont le droit d'entrer et de sortir, quoique un nombre limité de fois. Car le fils de Madame Diss, tapi dans la cuisine et veillant férocement sur les enfants, est à l'affût de la moindre faiblesse.
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Extrait du livre
FRANCE. – Est-ce qu’elle vient pour le feu d’artifice ?Mais ce sera peu de chose.
MME DISS. – Qui vient pour le feu d’artifice ?
FRANCE. – Je l’envie, cette personne, je l’envie sans la connaître d’avoir conduit jusqu’ici rien que pour le feu d’artifice, en se disant : une fête de village, ça peut être amusant.
MME DISS. – Qui vient pour le feu d’artifice ?
Tu te trompes sans doute. On ne peut pas avoir une telle idée.
FRANCE. – N’êtes-vous pas venue pour le feu d’artifice ?
Oh, je le croyais.
MME DISS. – On ne peut pas avoir une telle idée.
C’est agaçant.
Maintenant je voudrais voir mon fils. Pourquoi m’évite-t-il, dis-moi ? Voilà qu’il s’occupe des enfants au point de se rendre inabordable et il me fait patienter et patienter dans l’espoir de me décourager.
Pourquoi donc ?
FRANCE. – Il pense que vous êtes venue pour le feu d’artifice et qu’il n’y a pas à se hâter car la nuit est loin.
MME DISS. – Tu m’ennuies et me fais pitié avec ton feu d’artifice.
Depuis quand t’y prépares-tu ? Et une fois la dernière chandelle explosée, alors ? Qu’est-ce que c’est que ta vie ici, après le feu d’artifice ?
FRANCE. – Mais je peux bien, avant comme après, vivre dans l’attente du 14 Juillet, puisque cela finit toujours soit par arriver soit par revenir. Il suffit d’en être certaine. C’est un désir perpétuel et toujours comblé, aussi ne croyez pas que je retombe, non, la vigueur de cet élan ne cessera qu’à ma mort, la joie qu’existent, chaque année, un 14 Juillet et un feu d’artifice, inéluctablement.
Pas de déception, pas de chute possibles.
Il ne faut pas s’inquiéter pour moi.
MME DISS. – Où est mon fils ? Tu l’as épousé, ma pauvre, et voilà le résultat.
FRANCE. – Regardez, regardez comme j’ai changé. Vous ne m’avez pas connue avant.
Oh, je n’ai jamais été aussi sereine, aussi souriante, aussi capable de déployer devant moi ma pensée et d’en contempler la clarté et le vernis.
Si vous m’aviez connue, vous lui en seriez reconnaissante.
MME DISS. – Il compte que je me fatigue et que je m’en aille avant de lui avoir dit bonjour.
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Présentation de : Marie NDiaye
Marie Ndiaye est née en 1967 à Pithiviers et vit dans un village de Gironde. Elle a publié son premier roman "Quant au riche avenir" aux éditions de Minuit en 1985, suivi de plusieurs romans dont "Rosie Carpe" (prix Femina en 2001), de pièces de théâtre, d’un recueil de nouvelles, "Tous mes amis", et en 2005 d’un "Autoportrait en vert". Son premier texte pour enfants, "La diablesse et son enfant", a été publié à l’école des loisirs.Ses parents, tous deux étudiants, se sont connus au milieu des annés 60 en Ile de France. Elle passe son enfance dans la banlieue parisienne, avec un père absent. Son père a quitté la France et est revenu en Afrique alors qu'elle n'avait qu'un an. Elle ne l'a vue que trois fois, le dernière fois remonte à une vingtaine d'années... Sa mère, professeur de sciences naturelles, dont les parents étaient agriculteurs dans la plaine de la Beauce, l'élève donc seule, avec son grand frère.
Ayant commencé à écrire vers l'âge de 12-13 ans, elle n'a que 17 ans (classe de terminale) lors de la publication de son premier ouvrage. C'est à la suite de la parution de cette oeuvre qu'elle rencontre celui qui allait devenir son mari, le père de ses enfants, l'écrivain Jean-Yves Cendrey. Ce dernier lui a écrit une lettre, une lettre de lecteur. Elle a répondu, ils se sont rencontrés.
Rapidement, elle se fait remarquer grâce à son talent littéraire précoce, à sa maîtrise de la langue et obtient une bourse qui lui permet d'étudier pendant un an à la Villa Médicis à Rome.
A 22 ans, elle revoit son père, au Sénégal, un premier voyage en Afrique très mitigé, comme elle le raconte dans un entretien avec lesinrocks.com : "Je ne reconnaissais rien, vraiment rien. Il n’y a strictement aucune transmission dans les gènes qui fait que quand on se retrouve dans le pays d’où vient son père, on se dise “ah, oui, bien sûr, c’est chez moi !”. C’était au contraire profondément étrange, très autre, mais autre dans le sens attirant, pas déplaisant".
Auteur discret mais fécond, épouse, mère de famille, Marie Ndiaye reste éloigné de la vie parisienne. Elle vit avec sa famille, soit à l'étranger, soit en province. Cet éloignement du tumulte médiatique lui permet de construire une oeuvre de qualité, abondante et variée.
Marie NDiaye a reçu le Prix Femina en 2001 avec son roman Rosie Carpedès le premier tour par 9 voix sur 12. Outre la consécration littéraire, le prix lui apporte une certaine aisance financière.
Réussite dans les romans, succès au théâtre. Sa pièce Papa doit manger figure au répertoire de la Comédie-Française. C'est la seule femme écrivain vivante à avoir cet honneur.
En 2009, elle participe à l'écriture du scénario du film de Claire Denis, White Material dont elle dit qu'elle est plus "africaine" qu'elle. La cinéaste, blanche, a passé son enfance au Cameroun. Le film conte l'histoire d'une Française à la tête d'une plantation de café en Afrique en pleine guerre civile.
Elle est lauréate 2009 de la bourse Jean Gattégno du Centre National du Livre
Marie Ndiaye est la sœur de Pap Ndiaye, historien, maître de conférences à l'École des hautes études en sciences sociales, un des plus grands spécialistes de la "question noire" en France. Elle est l'épouse de l'écrivain Jean-Yves Cendrey, avec lequel elle a écrit un ensemble de trois pièces de théâtre intitulé Puzzle en 2007. Le couple a trois enfants et vit actuellement à Berlin.
Interview de Marie Ndiaye pour notre partenaire Transfuge à l'occasion de la parution de son roman "Trois femmes puissantes" (Gallimard, 2009), prix Goncourt 2009.
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