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Yves RaveyYves Ravey
Yves Ravey est né à Besançon (Doubs) en 1953. Il a publié aux éditions de Minuit une douzaine de romans, dont Enlèvement avec rançon en 2010. Pour le théâtre, il a écrit [...]Lire la suite >>
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Seuls

De Laurent Mauvignier
Seuls - Laurent Mauvignier
Paru le : 31/12/2003
Editeur : Minuit
Collection : Romans
ISBN : 2707318469
EAN : 9782707318466
Nb. de pages :
Poids : 195 g
Dimensions : 13.5cm x 18.5cm x 1.5cm

Expédié sous 2 à 8 jours

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Rayon(s) auquel(s) le livre est rattaché :
  Romans

Quatrième de couverture Extrait du livre Présentation de Laurent Mauvignier

Quatrième de couverture

Pauline est revenue. En attendant de trouver un appartement, elle s'est installée chez Tony, comme quand ils étaient étudiants.
Tony raconte à son père que rien n'a changé : il fait toujours semblant de n'être pas amoureux d'elle, et elle ne s'aperçoit de rien.
Mais quand Tony part sans prévenir personne, c'est à Pauline que son père va demander de l'aide. Et cette fois, il faudra bien que tout soit dit.


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Extrait du livre

Il a voulu les villes pour réapprendre à vivre. Il a voulu les routes et d’autres aventures que celles où il dormait, comme au retour de la mer il somnolait parfois, sur les sièges en moleskine bleue des bus, avec un livre sur les genoux prêt à tomber. Il a voulu les villes et puis avoir du temps. Et ranger dans un coin de sa tête tout ce qui, pour n’être pas de lui, lui semblait étranger et venir de si loin que son regard devenait flou pour se pencher dessus. Les mots, les gestes, les attentions des autres qui peuplaient les nuits d’insomnie. Il voulait se reprendre et ne se laisser bercer que par cette vie qui s’agitait dans ses veines : parcourir des rues et des villes, d’autres regards, d’autres attentes.
Il a voulu tout ça et d’autres choses encore, qu’il savait seulement pressentir, têtu, s’accrochant à l’idée qu’il y a trop de risque et le vertige si fort que ça fait de ne pas bouger, de rester sur son canapé-lit toute la journée, devant la fenêtre de la chambre, à regarder en contrebas la fin du marché, les étalages vides et les cageots dégoulinants de légumes pourris, de fruits, avec quelques passants encore pour y traîner le regard, les chiens qui reniflent, les jets d’eau des camionnettes pour nettoyer les restes dans le vacarme du moteur, de l’eau qui racle le sol et des derniers bruits de fer des étals qu’on démonte, qu’on range dans les camions sous les cris et les rires des marchands. Leurs habitudes et lui, son habitude, pareillement, de ne pas sortir encore de sa chambre. D’attendre de vouloir, de croire qu’il y a mieux à faire dehors qu’à rester dans la chambre de l’appartement, à l’ombre tranquille et sage, tellement sage encore, de son propre besoin de marcher.
Il n’aimait pas son visage ni sa petite taille, ses cheveux et les épis qui déformaient la tête dans le miroir, tous les jours, avec l’obligation de les couvrir de gel pour les rabattre derrière les oreilles. Il n’aimait pas sa voix. Il n’aimait pas ses lunettes aux contours épais ni le menton qu’il avait, qu’il trouvait trop petit sous le sourire qu’il tenait fermé, histoire de cacher les dents jaunes et mal placées – on aurait dit une bataille avec des lances dans tous les coins, qui volent et vont chahuter l’espace. Alors il ne disait rien et trouvait normal que Pauline n’ait pas songé à être amoureuse de lui.
Il ne disait rien non plus, à cette époque, des trains de banlieue qu’en deux équipes ils aspergeaient d’eau à grands seaux, et qu’ils rinçaient en cadence sous les éclats de voix et de langues que lui ne connaissait pas, qui jaillissaient des moustaches d’un vieux Turc, des sourires craqués de soleil et des bouches édentées de Marocains, avec les chants du petit vieux qui travaillait au côté des femmes, à l’intérieur des wagons. Les rires, la bonne compagnie des femmes tranchaient avec l’acharnement des hommes à ployer sous les ordres d’un chef qui hurlait au loup pour n’importe quoi, une saleté oubliée sur la vitre, un journal pas ramassé – et sur les banquettes, des chewing-gums collant aux doigts, avec le dégoût que ça lui donnait, à lui qui ne pouvait pas parler à cause de la barrière de la langue, quelle langue, dur de parler, pour lui, de quoi, de qui, du bus, de la chambre, de Pauline ou, pourquoi pas, par temps d’averse, quand il ne restait qu’à attendre que le ciel ait fini de crever son abcès de pluie et que le calme vienne le libérer des autres, dire quelques fois, à voix basse, deux ou trois mots sur sa mère.


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Présentation de : Laurent Mauvignier

Laurent Mauvignier

Laurent Mauvignier est né à Tours en 1967. Diplômé des Beaux-Arts en Arts Plastiques (1991).

Il a publié plusieurs romans aux Editions de Minuit : Loin d’eux (1999), Apprendre à finir (2000), Ceux d’à côté (2002), Seuls (2004), Dans la foule (2006), Des hommes, et un dialogue, Le Lien (2005).
Ses romans s’essayent à circonscrire le réel mais se heurtent à l’indicible, aux limites du dire. Une langue qui tente de mettre des mots sur l’absence et le deuil, l’amour ou le manque, comme une tentative de vouloir retenir ce qui nous file entre les doigts, entre les ans.

"J’ai commencé à écrire vers huit ou neuf ans, pendant une période d’hospitalisation. On m’avait offert des livres et des cahiers. Plus tard, je me suis dit que l’écriture avait une autre fonction qu’écrire des choses divertissantes, l’écrit est devenu quelque chose de dangereux dont je me suis longtemps méfié. Pour masquer le problème, j’ai fait les Beaux-Arts. Quand j’ai recommencé, je me suis aperçu qu’il fallait que j’aille jusqu’au bout ; j’avais loupé deux fois mon capes d’arts plastiques, il y avait le chômage. J’ai pris la décision d’assumer l’envie d’écrire. La nécessité était là, je ne pouvais plus faire semblant de ne pas la voir. "
"Je ne sais pas si les hommes et les femmes parlent différemment ; c’est la douleur qui est commune, jamais banale."
Laurent Mauvignier



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