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Sukkwan Island

De David Vann
Sukkwan Island - David Vann
Paru le : 05/01/2010
Editeur : Gallmeister
Collection : Nat Writing
Rubrique : Romans Policiers - Romans noirs
ISBN :
EAN : 9782351780305
Nb. de pages : 200
Poids : 264 g
Dimensions : 14cm x 20.4cm x 1.7cm

Non disponible

Sukkwan Island - David Vann Agrandir la couverture

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David Vann

David Vann


David Vann est né sur l'île Adak, en Alaska.
Après avoir parcouru plus de 40 000 milles sur les océans, il travaille actuellement à la construction d’un catamaran avec lequel il s'apprête à effectuer un tour du monde à la voile en solitaire.
Auteur de plusieurs livres, il vit en Californie où il enseigne également à l'Université de San Francisco. Sukkwan Island est son premier roman traduit en français.

Quatrième de couverture Dans la presse Extrait du livre Présentation de l'auteur

Quatrième de couverture

Une île sauvage du Sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.
Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable. Avec ce roman qui nous entraîne au cœur des ténèbres de l’âme humaine, David Vann s’installe d’emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan.

Traduit de l'américain par Laura Derajinski


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Dans la presse

Le grand roman américain qu'on attendait.
Marine de Tilly, LE POINT

Sukkwan Island, d'une noirceur maléfique, porte le trouble à l'incandescence. Magnifique.
Martine Laval, TÉLÉRAMA

Un premier roman comme on en voit peu. Une histoire simple qui vous terrasse par sa force et sa violence. De ce chaos est sans doute né l'un des meilleurs écrivains de sa génération. Bruno Corty,
LE FIGARO

Haletant. Un romancier américain surdoué.
Jérôme Dupuis, L'EXPRESS

Un roman hallucinant.
André Rollin, LE CANARD ENCHAÎNÉ

Doté d'un sens exceptionnel du récit […] David Vann ne se contente pas de faire trembler le lecteur, il sait aussi le bouleverser et le faire réfléchir. [Un] premier roman magistral.
Bernard Lehut, RTL

Un roman d'une force implacable dont la rigueur de l'écriture évoque celle de Richard Ford et l'intensité celle d'Hemingway. Sukkwan Island est sans conteste le roman noir de ce début d'année. Ce livre marque l'entrée brillante d'une nouvelle voix dans la littérature américaine, celle de David Vann.
Sophie Loubière, FRANCE INFO

Un livre immense. Chef d'œuvre.
Arnaud Viviant, FRANCE INTER

Un prodigieux premier roman de l’américain David Vann. Sukkwan Island est l’un des textes les plus bouleversants, et aussi traumatisants, que j’ai lu cette année. C’est absolument inoubliable.
Bernard Poirette, RTL

Sukkwan Island est un livre brutal, une étude au microscope des limites de l’isolement mais aussi des ravages que les pères immatures font subir à leurs fils… Personne ne sortira d’ici vivant.
Nicolas Ungemuth, LE FIGARO MAGAZINE

Déroutant, émouvant, Sukkwan Island est aussi un livre sur la lâcheté et ses interminables conséquences : un thème où la littérature s’engage rarement.
Christine Ferniot, LIRE

Une allégorie des rapports filiaux et de leur impossibilité d’échapper à la névrose.
Christophe Donner, LE MONDE MAGAZINE

C'est un livre qu'il vaut mieux commencer face à quelques heures de liberté, car son emprise rapide ne vous laissera aucune échappatoire. Un livre terrible, d'une force radioactive, un accélérateur du rythme cardiaque.
Geneviève Welcomme, LA CROIX

Sukkwan Island est un premier roman inoubliable. Un livre d'une rare puissance, où l'on passe de l'émotion aux larmes à mesure que l'on y découvre le portrait bouleversant d'un père "borderline" et de son fils chaque jour un peu plus perdu en pleine nature sauvage.
Alexandre Fillon, MADAME FIGARO

Un premier roman qu'on prend comme un coup sur la tête.
Bruno Corty, LE FIGARO LITTÉRAIRE

Sukkwan Island est un cheminement bouleversant au cœur des zones les plus douloureuses de l'existence humaine. [Un] beau texte, tragique et sombre...
Yves Le Gall, LE MATRICULE DES ANGES

Un roman à la brutalité saisissante. [...] Il y a dans ce huis clos primitif et crépusculaire des moments qui rappellent le Richard Ford de Rock Springs ou certaines nouvelles du jeune Benjamin Percy. […] C’est cette douleur d’être homme qu’il restitue dans un style franc, brut, qui saisit et secoue.
Véronique Rossignol, LIVRES HEBDO

Le premier roman foudroyant et haletant d'un digne héritier de Cormac McCarthy. Un écrivain est né.
Marc Bertin, SUD OUEST DIMANCHE

David Vann a placé ses personnages dans un espace où la complicité et la confrontation ont toute liberté pour s’exprimer. […] D’où le drame qui surgit au milieu du roman et qui fait naître une terrible angoisse.
Pierre Maury, LE SOIR

Sukkwan Island est une vraie gifle qui fouette le sang du visage, endormi d'avoir gobé ces derniers temps trop de livres anxiolytiques. Un roman puissant et dérangeant.
Sébastien Ministru, TÉLÉ MOUSTIQUE




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Extrait du livre

PREMIÈRE PARTIE
ON AVAIT UNE MORRIS MINI, avec ta maman. C’était une voiture minuscule comme un wagonnet de mon - tagnes russes et un des essuie-glaces était bousillé, alors je passais tout le temps mon bras par la fenêtre pour l’actionner. Ta maman était folle des champs de moutarde à l’époque, elle voulait toujours qu’on y passe quand il faisait beau, autour de Davis. Il y avait plus de champs alors, moins de gens. C’était le cas partout dans le monde. Ainsi commence ton éducation à domicile. Le monde était à l’origine un vaste champ et la Terre était plate. Les ani maux de toutes espèces arpentaient cette prairie et n’avaient pas de noms, les grandes créatures mangeaient les petites et personne n’y voyait rien à redire. Puis l’homme est arrivé, il avançait courbé aux confins du monde, poilu, imbécile et faible, et il s’est multiplié, il est devenu si envahissant, si tordu et meurtrier à force d’attendre que la Terre s’est mise à se déformer. Ses extrémités se sont recour - bées lentement, hommes, femmes et enfants luttaient pour rester sur la planète, s’agrippant à la fourrure du voisin et escaladant le dos des autres jusqu’à ce que l’humain se retrouve nu, frigorifié et assassin, suspendu aux limites du monde. Son père fit une pause et Roy demanda : Et après ? Au fil du temps, les extrémités ont fini par se toucher. Elles se sont recroquevillées pour se rejoindre et former le globe, et sous le poids de ce phénomène la rotation s’est déclenchée, hommes et bêtes ont cessé de tomber. Puis l’homme a observé l’homme, et comme il était devenu si laid avec sa peau nue et ses bébés pareils à des cloportes, il s’est répandu sur la surface de la Terre, massacrant et revêtant les peaux des bêtes les plus correctes.
Ha, lança Roy. Mais ensuite ?
La suite devient trop compliquée à raconter. Quelque part, il y a eu un mélange de culpabilité, de divorce, d’argent, d’impôts, et tout est parti en vrille.
Tu crois que tout est parti en vrille quand tu t’es marié avec Maman ?
Son père le dévisagea d’un oeil qui prouva à Roy qu’il était allé trop loin. Non, c’est parti en vrille un peu avant, je crois. Mais difficile de dire quand.
Ils ne connaissaient pas cet endroit ni son mode de vie, ils se connaissaient mal l’un l’autre. Roy avait treize ans cet étélà, l’été suivant son année de cinquième à Santa Rosa, en Californie, où il avait vécu chez sa mère, avait pris des cours de trombone et de foot, était allé au cinéma et à l’école en centre-ville. Son père avait été dentiste à Fairbanks. Ils s’installaient à présent dans une petite cabane en cèdre au toit pentu en forme de A. Elle était blottie dans un fjord, une minuscule baie du Sud-Est de l’Alaska au large du détroit de Tlevak, au nord-ouest du parc national de South Prince of Wales et à environ quatre-vingts kilomètres de Ketchikan. Le seul accès se faisait par la mer, en hydravion ou en bateau. Il n’y avait aucun voisin. Une montagne de six cents mètres se dressait juste derrière eux en un immense tertre relié par des cols de basse altitude à d’autres sommets jusqu’à l’embou - chure de la baie et au-delà. L’île où ils s’installaient, Sukkwan Island, s’étirait sur plusieurs kilomètres derrière eux, mais c’étaient des kilomètres d’épaisse forêt vierge, sans route ni sentier, où fougères, sapins, épicéas, cèdres, champignons, fleurs des champs, mousse et bois pourrissant abritaient quantité d’ours, d’élans, de cerfs, de mouflons de Dall, de chèvres de montagne et de gloutons. Un endroit semblable à Ketchikan, où Roy avait vécu jusqu’à l’âge de cinq ans, mais en plus sauvage et en plus effrayant maintenant qu’il n’y était plus habitué.
Tandis qu’ils survolaient les lieux, Roy observait le reflet de l’avion jaune qui se détachait sur celui, plus grand, des montagnes vert sombre et du ciel bleu. Il vit la cime des arbres se rapprocher de chaque côté de l’appareil, et quand ils amer - rirent des gerbes d’eau giclèrent de toute part. Le père de Roy sortit la tête par la fenêtre latérale, sourire aux lèvres, impa - tient. L’espace d’un instant, Roy eut la sensa tion de débarquer sur une terre féerique, un endroit irréel.
Ils se mirent à l’ouvrage. Ils avaient emporté autant de matériel que l’avion pouvait en contenir. Debout sur un des flotteurs, son père gonfla le Zodiac avec la pompe à pied pendant que Roy aidait le pilote à décharger le moteur Johnson six chevaux au-dessus de la poupe où il patienta, suspendu dans le vide, jusqu’à ce que l’embar cation fût prête. Ils l’y fixèrent, chargèrent le bateau de bidons d’essence et de jerrycans qui composèrent le premier voyage. Son père le fit en solitaire tandis que Roy, anxieux, attendait dans la car - lingue avec le pilote qui ne cessait pas de parler.
Pas très loin de Haines, c’est là que j’ai essayé.
J’y suis jamais allé, fit Roy.
Eh ben, comme je te disais, tu y trouves des saumons et des ours, et tout un tas de trucs qu’une grande majorité d’humains n’aura jamais, mais c’est tout ce que tu y trouves, et ça inclut une vraie solitude sans personne autour.
Roy ne répondit rien.
C’est bizarre, c’est tout. Les gens emmènent rarement leurs gosses avec eux. Et la plupart emportent de la nourriture.
De la nourriture, ils en avaient apporté, du moins pour les deux premières semaines, ainsi que les denrées indis pen - sables : farine et haricots, sel et sucre, sucre brun pour fumer le gibier. Des fruits en conserve. Mais ils comptaient vivre de chasse et de pêche. C’était leur plan. Ils mangeraient du saumon frais, des truites Dolly Varden, des palourdes, des crabes et tout ce qu’ils parviendraient à abattre – cerfs, ours, mouflons, chèvres, élans. Ils avaient embarqué deux carabines, un fusil et un pistolet.
Tout ira bien, dit le pilote.
Ouais, fit Roy.
Et je viendrai jeter un oeil de temps à autre.
Lorsque le père de Roy revint, il affichait un large sou rire qu’il essayait de dissimuler en évitant le regard de son fils tandis qu’ils déchargeaient l’équipement de radio dans une boîte étanche, les armes dans des étuis imperméables, le maté - riel de pêche, les premières conserves et les outils rangés dans des caisses. Puis il fallut à nouveau écouter le pilote pendant que son père s’éloignait en une légère courbe, laissant dans son sillage une petite traînée blanche qui s’apaisait rapidement en vaguelettes sombres, comme si elles ne pouvaient déranger qu’un minuscule coin du monde et que, de ses tréfonds, cette région se ravalerait elle-même en quelques instants. L’eau était limpide mais suffisamment profonde, même si près de la côte, pour que Roy n’en voie pas le fond. Plus près de la rive, par contre, à la limite du miroitement, il devinait les formes floues des branches et des pierres sous la surface.
Son père portait une chemise de chasse en flanelle rouge et un pantalon gris. Il n’avait pas de chapeau, bien que l’air fût plus frais que ne l’avait anticipé Roy. Le soleil brillait sur son crâne, même d’aussi loin il le voyait scin tiller sur ses cheveux fins. Son père plissait les yeux dans la lueur éclatante du matin, mais un côté de sa bouche était relevé en un sourire. Roy avait envie de le rejoindre, de poser pied à terre et d’inspec ter leur nouvelle maison, mais il restait deux allersretours avant qu’il puisse y aller. Ils avaient empaqueté leurs habits dans des sacs-poubelle, ainsi que leurs vêtements de pluie, leurs bottes, leurs cou ver tures, deux lampes, davantage de nourriture et des livres. Roy avait une caisse pleine de manuels scolaires. Ce serait une année entière d’enseignement à domicile – maths, anglais, géographie, sciences sociales, histoire, grammaire et physique-chimie niveau 4e, qu’il mènerait à bien allez savoir comment puisque les cours impliquaient des expériences et qu’ils n’avaient pas l’équipement nécessaire. Sa mère avait posé la question à son père, qui n’avait formulé aucune réponse claire. Sa mère et sa soeur lui manquèrent soudain, et les yeux de Roy s’embuèrent, mais il aperçut son père qui repoussait l’embarcation sur la plage de galets et il s’obligea à se calmer.
Lorsqu’il grimpa enfin à bord et qu’il lâcha le flotteur de l’hydravion, le dépouillement du lieu le frappa. Ils n’avaient plus rien à présent et, tandis qu’il tournait la tête et regardait l’appareil effectuer un petit cercle derrière lui, grincer avec violence et décoller dans une gerbe d’eau, il sentit à quel point le temps allait être long, comme s’il était fait d’air et pouvait se comprimer et s’arrêter.
Bienvenue dans ton nouveau foyer, fit son père avant de poser la main sur la tête de Roy, puis sur son épaule. Avant que le bruit de l’avion n’eût disparu, ils avaient déjà débarqué sur la plage de galets sombres, et le père de Roy, en cuissardes, descendait pour tirer la proue du Zodiac. Roy mit pied à terre et tendit la main pour empoigner une caisse. Laisse ça pour l’instant, fit son père. On va attacher le bateau et explorer le coin.
Rien ne va entrer dans les caisses ?
Non. Viens là.
Ils avancèrent dans l’herbe haute jusqu’aux tibias, d’un vert brillant sous le soleil, puis le long d’un sentier qui traversait un bosquet de cèdres jusqu’à la cabane. Celle-ci était grise et battue par les vents, mais assez récente. Son toit était pentu pour éviter les amoncellements de neige, et la structure toute entière ainsi que le porche étaient surélevés à deux mètres audessus du sol. Elle ne possédait qu’une porte étroite et deux petites fenêtres. Roy observait le tuyau du poêle qui dépassait en espérant qu’il y aurait aussi une cheminée.
Son père ne le fit pas entrer dans la cabane, il la contourna par un chemin qui continuait en direction de la colline.
Les toilettes extérieures, dit son père.
Elles étaient grandes comme un placard, surélevées elles aussi, et accessibles par des marches. Bien qu’elles soient situées à environ trente mètres de la cabane, ils devraient les utiliser par temps froid, dans la neige hivernale. Son père poursuivit le long du sentier.
On a une belle vue de là-haut, fit-il.
Ils arrivèrent à un point en surplomb au beau milieu des orties et des baies sauvages, écrasant sous leurs pas la terre recouverte de végétation depuis la dernière fois qu’elle avait été foulée. Son père était venu quatre mois plus tôt pour visiter les lieux avant d’acheter. Il avait ensuite convaincu Roy, la mère de Roy et l’école. Il avait vendu son cabinet et sa maison, avait échafaudé ses projets et acheté leur matériel. Le sommet de la colline était envahi d’herbe au point que Roy n’était pas assez grand pour avoir une vue dégagée des alentours, mais il apercevait le bras de terre pareil à une dent scintillante qui jaillissait de l’eau agitée et un autre bras de mer menant à une île lointaine, à un rivage, à l’hori zon, l’air limpide et clair, les distances impossibles à évaluer. Il voyait le faîte de leur toit en contrebas, non loin de là, et en bordure de la baie, l’herbe et la plaine qui s’éten daient sur trente mètres à peine depuis la rive, interrompues par le flanc escarpé de la montagne dont le sommet disparaissait dans les nuages. Personne à des kilomètres à la ronde, dit son père. D’après ce que je sais, nos voisins les plus proches sont à trente kilo - mètres d’ici, un petit lot de trois cabanes dans une baie comme celle-ci. Mais ils sont sur une autre île, j’ai oublié laquelle.
Roy ne savait pas quoi dire, alors il ne disait rien. Il ne savait pas comment les choses tourneraient.
Ils redescendirent à la cabane enveloppés par le parfum doux amer d’une plante, une odeur qui rappelait à Roy son enfance à Ketchikan. En Californie, il avait beaucoup repensé à Ketchikan et à la forêt humide, il avait cultivé dans son imaginaire et dans ses vantardises auprès de ses amis l’image d’un endroit sauvage et mystérieux. Mais à présent qu’il était de retour, l’air y était plus froid et la végétation certes luxu - riante, mais rien qu’une simple végé tation, et il se demanda à quoi ils passeraient leur temps. Les choses étaient crûment ce qu’elles étaient et rien d’autre.
Ils montèrent sur le porche, accompagnés par le bruit sourd de leurs bottes. Son père actionna le loquet de la porte, qu’il poussa pour laisser passer Roy en premier. Lorsqu’il entra, il sentit le cèdre, l’humidité, la terre et la fumée, et il fallut plusieurs minutes à ses yeux pour s’accoutumer à l’obscurité et distinguer autre chose que la silhouette des fenêtres. Il commençait à voir les poutres au-dessus de lui, et à quel point le plafond était haut, à quel point les planches aux noeuds sciés et à l’air rugueux des murs et du sol étaient tout de même douces au toucher.
Tout a l’air neuf, dit Roy.
C’est une cabane bien construite, fit son père. Le vent ne traverse pas les murs. On sera à l’aise tant qu’on aura du bois pour le feu. On a tout l’été pour se préparer. On mettra de côté du saumon séché et fumé, on fera des confi tures et on salera de la viande de cerf. Tu ne vas pas croire tout ce qu’on va faire.
Ce jour-là, ils commencèrent par nettoyer la cabane. Ils balayèrent et dépoussiérèrent, puis le père emmena Roy avec un seau le long d’un sentier, jusqu’à un ruisseau qui se jetait dans la baie. Le cours d’eau courait, profond, entre les herbes de prairie et effectuait trois ou quatre méandres dans la végétation avant de rouler dans les galets et de laisser un léger dépôt de sable, poussière et débris dans l’eau salée. Des insectes aquatiques se mouvaient à la surface, et des moustiques.
C’est l’heure de la dope à bestioles, dit son père.
Ils grouillent de partout, fit Roy.


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Présentation de l'auteur

David VannDavid Vann est né sur l'île Adak, en Alaska.
Après avoir parcouru plus de 40 000 milles sur les océans, il travaille actuellement à la construction d’un catamaran avec lequel il s'apprête à effectuer un tour du monde à la voile en solitaire.
Auteur de plusieurs livres, il vit en Californie où il enseigne également à l'Université de San Francisco. Sukkwan Island est son premier roman traduit en français.


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