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Le Baron perché

De Italo Calvino
Le Baron perché - Italo Calvino
Paru le : 01/02/1960
Editeur : Seuil
Collection : Cadre Vert
ISBN : 2020014106
EAN : 9782020014106
Nb. de pages :
Poids : 250 g
Dimensions : 13cm x 18.5cm x 1.8cm

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Autre(s) édition(s) disponible(s) :
Le Baron perché
Prix : 6.65 €
Paru le : 2002/03/12
Editeur : Points
Le Baron perché
Prix : 19.00 €
Paru le : 2005/11/18
Editeur : Seuil

Rayon(s) auquel(s) le livre est rattaché :
  Contes   Contes

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Repéré par Christian Marchal

On peut dire beaucoup de choses d'un livre.... D'ailleurs, on ne s'en prive pas.. N'empêche... n'empêche… Il est rare qu'on dise d'un bouquin qu'il est délicieux; me semble-t-il... Or, c'est ici le premier mot qui me vient pour qualifier le baron perché.
Et pourquoi tu le trouves délicieux ton baron, hein pourquoi?
Bon. Narrons l'affaire.
A la fin du dix huitième siècle, à Ombreuse, près de Gènes, dans une vieille famille aristocratique un peu déchue, le fils ainé, Côme Du Rondeau grimpe dans un arbre pour échapper à un repas familial qui se présente mal... et ne redescend jamais. Jamais? Jamais..... Il devient alors le baron perché.
Dès lors, sa vie nous est contée par son frère Blaise.
Sa vie, c'est à dire: ses amours (dans les arbres, songez-y), sa vie sociale (ben oui, même dans les arbres), sa participation aux évènements du siècle (il devient fugacement: « le patriote perché »)
sa correspondance avec les philosophes du temps, ses aventures aussi, sa vieillesse.....Et voyez vous, tout ça fait un des plus beaux livres qui soient, un des plus délicieux donc, on y revient.
Si vous offrez ce livre ne soyez pas mesquin: Calvino avait rassemblé sous le titre : Nos ancêtres trois romans: Le baron perché mais aussi: Le chevalier inexistant et Le vicomte pourfendu
Offrez donc les trois pour le prix de trois. C'est ça qui est beau.

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Quatrième de couverture

Parce qu'on veut lui faire manger des escargots, le baron du Rondeau, un beau jour, vers 1770 (il a alors douze ans), monte dans les arbres et refuse d'en plus jamais descendre. On peut faire bien des choses dans les arbres : chasser, mais aussi recevoir Napoléon en grande pompe et même séduire une fantasque Marquise. On trouvera d'abord ici une sorte de " Robinson ligure ". Côme du Rondeau, c'est un homme selon la nature au sens où l'entendait Rousseau, en lutte avec la nature à la façon dont le montrait Defoe.
Et tout autour de Côme, branches et feuilles poussent, se divisent, se rejoignent. On découvrira en même temps une fantaisie sans cesse jaillissante. La conversion du brigand par la lecture de Clarisse Harlowe, les caprices de la Marquise, l'enlèvement par les Barbaresques de l'hydraulicien maho-métan. autant de pages où la cocasserie fait alliance avec la fraîcheur. Mais il ne faudra pas oublier de lire Le Baron perché pour ce qu'il est : un conte philosophique.
Calvino écrivit ces pages au moment où il vivait la crise de la gauche européenne : Côme reste présent à l'histoire, mais du haut des arbres, parce que, vraiment, c'est trop absurde, tout ce qui se passe en bas."



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Extrait du livre

C’est le 15 juin 1767 que Côme Laverse du Rondeau, mon frère, s’assit au milieu de nous pour la dernière fois. Je m’en souviens comme si c’était hier. Nous étions dans la salle à manger de notre villa d’Ombreuse ; les fenêtres encadraient les branches touffues de la grande yeuse du parc. Il était midi ; c’est à cette heure-là que notre famille, obéissant à une vieille tradition, se mettait à table ; le déjeuner au milieu de l’après-midi, mode venue de la peu matinale Cour de France et adoptée par toute la noblesse, n’était pas en usage chez nous. Je me rappelle que le vent soufflait, qu’il venait de la mer et que les feuilles bougeaient.
― J’ai dit que je ne veux pas et je ne veux pas, fit Côme en écartant le plat d’escargots. On n’avait jamais vu désobéissance plus grave.
Le baron Arminius Laverse du Rondeau, notre père, coiffé d’une perruque Louis XIV descendant jusqu’aux oreilles et démodée comme tout ce qui lui appartenait, siégeait à la place d’honneur. Entre mon frère et moi était assis l’abbé Fauchelafleur, chapelain de notre famille, notre précepteur. En face de nous, le générale Konradine du Rondeau, notre mère, et notre sœur Baptiste, la nonne de la maison. À l’autre bout de la table, en costume turc, était assis l’avocat Æneas–Sylvius Carrega, hydraulicien, régisseur de notre propriété et notre oncle naturel, puisqu’il était le frère illégitime de notre père.
Côme avait douze ans, j’en avais huit. Depuis quelques mois seulement, nous avions été admis à la table de nos parents ; j’avais bénéficié avant l’âge de la promotion de mon frère : on n’avait pas voulu me laisser manger tout seul. Bénéficié, c’est une façon de parler. Pour Côme et pour moi, c’en était fini du bon temps et nous regrettions nos petits repas seuls dans un réduit, en compagnie de l’abbé Fauchelafleur. Celui-ci était un petit vieillard sec et ridé ; on le disait janséniste ; de fait, il avait fui le Dauphiné, sa province natale, pour éviter un procès de l’Inquisition. Mais ce caractère rigoureux qu’on louait généralement chez lui, cette sévérité intérieure qu’il s’imposait et imposait aux autres cédaient à chaque instant devant une vocation foncière pour l’indifférence et le laisser-aller. Selon toute apparence, ses longues méditations les yeux dans le vide n’avaient abouti qu’à une grande absence de volonté et à un profond ennui. Il agissait comme s’il voyait dans la plus légère difficulté le signe d’une fatalité à laquelle il serait inutile de s’opposer. Nos repas en compagnie de l’Abbé ne commençaient qu’après de longues oraisons, et les évolutions de nos cuillers se devaient d’être dignes, rituelles, silencieuses : malheur à celui qui levait les yeux de son assiette ou faisait entendre, en absorbant son bouillon, la plus faible aspiration. Mais le potage fini, l’Abbé commençait à se sentir las, contrarié : il regardait le vide et faisait claquer sa langue à chaque gorgée de vin ; seules les sensations les plus superficielles et les plus éphémères semblaient encore le toucher. Au plat de résistance, nous pouvions nous mettre à manger avec les mains ; et à la fin du repas, nous nous lancions des trognons de poires, tandis que l’Abbé laissait choir de temps à autre un de ses nonchalants :
― Oooh bien ! Oooh alors !
Maintenant que nous avions pris place à la table commune, nous sentions s’accumuler en nous les griefs familiaux, triste chapitre de l’enfance. Notre père et notre mère ne nous quittaient pas des yeux : « sers-toi de ta fourchette et de ton couteau pour le poulet, tiens-toi droit, ôte tes coudes de la table », ça n’arrêtait pas ; sans compter notre insupportable sœur Baptiste. Ce ne furent que gronderies, piques d’amour-propre, punitions, bouderies. Jusqu’au jour où Côme refusa les escargots et décida de séparer son destin du nôtre.


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Présentation de : Italo Calvino

Italo CalvinoNé à Santiago de Las Vegas en 1923, Italo Calvino, enfant, quitte Cuba pour l'Italie. Après avoir combattu dans la Résistance italienne durant la seconde guerre mondiale, il termine ses études littéraires à Turin tout en travaillant au périodique communiste L'Unità. Il continuera toute sa vie d'écrire pour divers journaux, de La Voce della Democrazia à Contemporaneo, en passant par La Repubblica ou le magazine Il Menabó di Letteratura qu'il coédite de 1959 à 1967.

Son premier roman, Le sentier des nids d'araignées, publié en 1947, s'inspire de la résistance italienne. Il est suivi deux ans après par Le corbeau vient le dernier, toujours dans la même veine néo-réaliste.

Ce sont les années 50 qui voient la rupture de Calvino avec des thèmes plus ou moins biographiques, et par la même occasion son succès et sa reconnaissance comme l'un des auteurs majeurs de la littérature italienne, avec la publication du Baron perché, suivi par Le vicomte pourfendu et Le chevalier inexistant. Ces trois "contes philosophiques", au travers des tribulations d'un chevalier fendu en deux par un ennemi, et dont les deux parties poursuivent leur existence, l'une consacrée au bien et l'autre au mal, ou celles d'un baron qui refuse de descendre de son arbre, reflètent avec humour les préoccupations sociales et politiques de Calvino.

En effet, dès les événements de Hongrie, Calvino rompt avec le parti communiste italien et se consacre alors plus particulièrement au journalisme.

Il recommence à écrire dans les années 60. Installé durant quelques années à Paris, il fonde l'OuLIPo (Ouvroir de Littérature Potentielle), en compagnie notamment de Raymond Queneau, Georges Pérec et Jacques Roubaud, que rapproche un goût des contraintes formelles en écriture. Analyses combinatoires et techniques de permutation influenceront les ?uvres suivantes d'Italo Calvino. Ainsi, dans Le château des destins croisés, les lames du tarot, disposées au hasard, sont le moteur d'une machinerie narrative combinatoire; Si par une nuit d'hiver un voyageur, livre étincelant, poussera le souci de la combinaison à son extrême : le roman est composé de dix débuts de romans imbriqués dans un seul, à l'intérieur duquel deux personnages-lecteurs tentent de poursuivre chacun des dix romans à la recherche d'une improbable cohérence.

Italo Calvino se partage alors entre réflexions sur le monde familier qui l'entoure (La journée d'un scrutateur), ?uvres critiques (la littérature et ses mécanismes dans La Machine littérature, et Pourquoi lire les classiques) au service desquelles il met sa vaste culture classique, et création de mondes fantastiques (Cosmicomics et sa science-fiction à rebours, ou Les Villes invisibles, merveilleux atlas imaginaires de cités rêvées par Marco Polo).

Calvino meurt d'une hémorragie cérébrale en 1985. D'autres textes seront publiés après sa mort : Leçons américaines, Sous le soleil jaguar...

Salman Rushdie disait de lui: "Il met sur le papier ce que vous saviez depuis toujours, sauf que vous n'y aviez pas pensé avant."


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