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La reine des lectrices

De Alan Bennett
La reine des lectrices - Alan Bennett
Paru le : 08/01/2009
Editeur : Denoel
Collection : Et d'ailleurs
ISBN :
EAN : 9782207260128
Nb. de pages :
Poids : 170 g
Dimensions : 12.5cm x 17.5cm x 1.5cm

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Alan Bennett

Alan Bennett


Auteur pour la télévision britannique, Alan Bennett a d'abord commencé sa carrière en tant que comédien.
Diplômé d'Oxford, le jeune homme se voue dans un premier temps à une carrière d'historien du Moyen Age. En 1968, il publie sa première pièce intitulée 'Forty Years on'. Le [...] Lire la suite

  • Repéré par Christian Marchal
  • Je n'avais jamais entendu parler de Alan Bennett dont la quatrième de couverture nous dit néanmoins qu'il est une star en Grande-Bretagne : succès jamais démentis de ses pièces de théâtre, séries télévisées, romans. Moi, je dis tant mieux pour lui....
    Là, il imagine, et c'est une [...] Lire la suite

    Quatrième de couvertureRepéré par Christian MarchalExtrait du livre Présentation de l'auteur

    Quatrième de couverture

    Que se passerait-il outre-Manche si, par le plus grand des hasards, Sa Majesté la Reine se découvrait une passion pour la lecture? Si, tout d'un coup, plus rien n'arrêtait son insatiable soif de livres, au point qu'elle en vienne à négliger ses engagements royaux?
    C'est à cette drôle de fictions que nous invite Alan Bennett, le plus grinçant des comiques anglais. Henry James, les sœurs Brontë, le sulfureux Jean Genet et bien d'autres défilent sous l'œil implacable d'Elizabeth, cependant que le monde empesé et so british de Buckingham Palace s'inquiète : du valet de chambre au prince Philip, d'aucuns grincent des dents tandis que la royale passion littéraire met sens dessus dessous l'implacable protocole de la maison Windsor.
    C'est en maître de l'humour décalé qu'Alan Bennett a concocté cette joyeuse farce qui, par-delà la drôlerie, est aussi une belle réflexion sur le pouvoir subversif de la lecture.


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  • Repéré par Christian Marchal
  • Je n'avais jamais entendu parler de Alan Bennett dont la quatrième de couverture nous dit néanmoins qu'il est une star en Grande-Bretagne : succès jamais démentis de ses pièces de théâtre, séries télévisées, romans. Moi, je dis tant mieux pour lui....
    Là, il imagine, et c'est une bien belle idée, que la reine d'Angleterre, la vraie, l'Elizabeth 2, est consumée, à la suite d'une rencontre fortuite, par une passion dévorante pour la lecture. «Il n'y avait aucun système dans sa manière de lire, un ouvrage en amenait un autre et elle en lisait souvent deux ou trois en même temps.»
    Voilà, c'est à peu près tout. Ce drôle de petit livre nous fait deviner que nos dirigeants ne doivent pas beaucoup lire (il y a des passages hilarants sur l'incompréhension profonde du premier ministre, sans doute Tony Blair, pour la royale passion) et nous fait éprouver une insolite, imprévue et inopinée sympathie pour la reine d'Angleterre. Rien que pour ça, cela valait le coup de lire ce livre qui, en plus, a le bon goût de s'achever sur une chute remarquable; un peu comme une bonne grosse nouvelle......


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    Extrait du livre

    Windsor accueillait ce soir-là un banquet d’apparat : le président de la République française s’était placé aux côtés de Sa Majesté tandis que la famille royale se regroupait derrière eux ; la procession se mit lentement en marche et rejoignit le salon Waterloo.
    — Maintenant que nous sommes en tête à tête, dit la reine en adressant des sourires de
    droite à gauche à l’imposante assemblée, je vais pouvoir vous poser les questions qui me tracassent au sujet de Jean Genet.
    — Ah… Oui, dit le président.
    La Marseillaise puis l’hymne britannique suspendirent durant quelques instants le déroulement des opérations, mais lorsqu’ils eurent rejoint leurs sièges, Sa Majesté se tourna vers le président et reprit :
    — Il était homosexuel et il a fait de la prison, mais était-ce vraiment un mauvais garçon
    ? Ne pensez-vous pas qu’il avait un bon fond, au contraire ? ajouta-t-elle en soulevant
    sa cuillère. N’ayant pas été briefé au sujet du dramaturge chauve, le président chercha désespérément des yeux sa ministre de la Culture, mais celle-ci était en grande conversation avec l’archevêque de Canterbury.
    — Jean Genet, répéta la reine pour lui venir en aide. Vous le connaissez ?
    — Bien sûr répondit le président.
    — Il m’intéresse dit la reine.
    — Vraiment ?
    Le président reposa sa cuillère. La soirée promettait d’être longue. C’étaient les chiens qui avaient tout déclenché. En général, après s’être promenés dans le jardin, ils remontaient les marches du perron, où un valet de pied venait leur ouvrir la porte. Ce jour-là cependant, pour Dieu sait quelle raison, ils avaient traversé la terrasse en aboyant, la truffe en l’air, avant de redescendre les marches à toute allure et de disparaître à l’angle du bâtiment. La reine les entendit japper dans l’une des cours intérieures, comme s’ils en avaient après quelqu’un.
    Il s’agissait en l’occurrence du bibliobus de la commune de Westminster, un véhicule aussi imposant qu’un camion de déménagement et garé près des poubelles, à deux pas de la porte qui rejoignait les cuisines, de ce côté-là. La reine mettait rarement les pieds dans cette partie du palais et n’avait jamais aperçu le bibliobus auparavant. Les chiens non plus, du reste, ce qui expliquait leur tapage. Ne parvenant pas à les calmer, elle monta les quelques marches qui permettaient d’accéder à l’intérieur du véhicule, afin de s’excuser pour ce vacarme.
    Le chauffeur était assis derrière son volant et lui tournait le dos, occupé à coller une étiquette sur un livre quelconque. Le seul client en vue était un jeune rouquin efflanqué en salopette blanche, qui lisait assis par terre dans la travée. Aucun d’eux n’avait vu apparaître la nouvelle arrivante, qui toussota avant de déclarer :
    — Je suis désolée de cet affreux tapage.
    En l’entendant, le chauffeur se redressa si brusquement qu’il se cogna le crâne contre l’étagère des ouvrages de référence. Quant au jeune homme, il renversa carrément le rayon consacré à la mode et à la photographie en se relevant dans la travée.
    — Voulez-vous bien vous taire, stupides créatures, lança-t-elle à ses chiens en passant à nouveau la tête par la porte du bibliobus.
    Cela laissa le temps au chauffeur/bibliothécaire de reprendre ses esprits et au jeune homme de ramasser ses livres — ce qui était d’ailleurs le but de la manœuvre.
    — Nous n’avons jamais eu l’occasion de vous rencontrer jusqu’ici, monsieur…
    — Hutchings, Votre Majesté. Je passe tous les mercredis.
    — Vraiment ? Je l’ignorais. Venez-vous de loin ?
    — Seulement de Westminster, Madame.
    — Et vous, jeune homme, vous êtes…
    — Norman, Madame. Norman Seakins.
    — Et vous travaillez…
    — Aux cuisines, Madame.
    — Oh… Et cela vous laisse le temps de lire ?
    — Pas exactement, Madame.
    — Je suis dans le même cas que vous. Mais puisque je suis venue jusqu’ici, il ne serait sans doute pas déplacé que je vous emprunte un livre.
    Mr Hutchings eut un sourire d’encouragement.
    — Y a-t-il un ouvrage que vous puissiez particulièrement me recommander ?
    — Cela dépend des goûts de Votre Majesté.
    La reine hésita. À vrai dire, elle ne savait pas quoi répondre. La lecture ne l’avait jamais beaucoup intéressée. Il lui arrivait de lire, bien sûr, comme tout le monde, mais l’amour des livres était un passe-temps qu’elle laissait volontiers aux autres. Il s’agissait d’un hobby et la nature même de sa fonction excluait qu’elle eût des hobbies — qu’il s’agisse du jogging, de la culture des roses, des échecs, de l’escalade en montagne, de la décoration des gâteaux ou des modèles réduits d’avions. Tout hobby implique une préférence ; et les préférences devaient être évitées, car elles excluent trop de gens. Sa charge impliquait qu’elle manifeste de l’intérêt envers un certain nombre d’activités, non qu’elle s’y intéresse pour de bon. De surcroît, lire n’était pas agir. Et elle était une femme d’action. Elle examinait donc les rayonnages de livres qui tapissaient l’intérieur du bibliobus en cherchant à gagner du temps.
    — Ai-je le droit de louer un livre ? Ne faut-il pas s’abonner ?
    — Cela ne pose aucun problème, dit Mr Hutchings.
    — Je suis d’ailleurs pensionnée, ajouta la reine, sans savoir si cela avait la moindre importance.
    — Votre Majesté peut emprunter jusqu’à six volumes.
    — Six ! Dieu du Ciel !
    Entre-temps, le jeune rouquin avait fait son choix. Il tendit son livre au bibliothécaire, afin que celui-ci le tamponne. Cherchant toujours à gagner du temps, la reine s’en empara.
    — Qu’avez-vous donc choisi, Mr Seakins ? Elle ne s’attendait à rien de précis, mais assurément pas à cela.
    — Oh, dit-elle. Cecil Beaton… Vous le connaissiez ?
    — Non, Madame.
    — Évidemment, vous êtes trop jeune. Il venait sans cesse au palais, pour prendre des photos. Et pas commode, avec ça. Mettez-vous de ce côté, ne bougez pas… Clic, clac. On lui a donc consacré un livre ?
    — Plusieurs, Madame.
    — Vraiment ? J’imagine que tout le monde fi nit par y avoir droit.
    Elle feuilleta l’ouvrage.
    — Il doit y avoir une photo de moi quelque part. Oui, je me souviens de celle-là. Mais il n’était pas seulement photographe, vous savez : il dessinait aussi. Il a fait les décors d’Oklahoma, des choses de ce genre.
    — Je crois qu’il s’agissait de My Fair Lady, Madame.
    — Oh, vraiment ? dit la reine, qui n’avait pas l’habitude d’être contredite. Où m’avez-vous dit que vous travailliez ? ajouta-t-elle en reposant le livre entre les mains du jeune homme, couvertes de taches de rousseur.
    — Aux cuisines, Madame.
    Elle n’avait toujours pas résolu son problème. Si elle quittait les lieux sans avoir emprunté de livre, Mr Hutchings allait penser qu’elle trouvait sa bibliothèque indigne d’elle.
    Elle aperçut soudain, sur une étagère où s’entassaient des ouvrages plutôt défraîchis, un nom qui lui rappelait quelque chose.
    — Ivy Compton-Burnett ! Voilà un livre pour moi.
    Elle s’empara du volume et le tendit à Mr Hutchings afi n qu’il le tamponne.
    — Quel régal ! dit-elle en serrant l’ouvrage contre elle avec un enthousiasme un peu exagéré. Oh… le précédent emprunt remonte à 1989, ajouta-t-elle après l’avoir ouvert.
    — Ce n’est pas une romancière très populaire, Madame.
    — Je me demande bien pourquoi ? Je l’ai pourtant anoblie.
    Mr Hutchings s’abstint de lui dire qu’un titre de noblesse ne garantissait pas automatiquement les faveurs du public.
    La reine regarda la photo, au dos de la jaquette.
    — Oui, dit-elle, je me souviens de cette coiffure. On aurait dit qu’elle avait un pâté en croûte sur la tête. Elle sourit et Mr Hutchings comprit que la visite était terminée.
    — Au revoir, dit-elle.
    Il s’inclina, comme on lui avait demandé de le faire si jamais une telle éventualité se produisait, et la reine sortit. Elle prit la direction des jardins, suivie par les chiens qui s’étaient remis à aboyer, tandis que Norman, son livre sur Cecil Beaton à la main, contournait un cuisinier venu fumer une cigarette à côté des poubelles et regagnait les cuisines.
    Après avoir fermé boutique et repris le volant du bibliobus, Mr Hutchings songeait que la lecture d’un roman d’Ivy Compton-Burnett demandait un certain temps. Il n’avait jamais poussé l’expérience bien loin, pour sa part, et conclut non sans raison que l’emprunt de ce livre avait été une marque de politesse, de la part de la reine. Il n’en appréciait pas moins son geste, qui allait au-delà de la simple courtoisie. Le conseil municipal menaçait sans arrêt de réduire les crédits alloués à la bibliothèque et le patronage d’une si illustre lectrice (ou plus exactement cliente, selon la terminologie du conseil) ne pouvait qu’apporter un peu d’eau à son moulin.
    — Nous avons un bibliobus au palais, annonça la reine à son mari le soir même. Il passe tous les mercredis.
    — Formidable, dit le duc. On n’arrête pas le progrès.
    — Vous vous souvenez d’Oklahoma ?
    — Oui. Nous l’avons vu du temps de nos fiançailles.
    Il songea un instant au blondinet impétueux qu’il était alors.
    — N’était-ce pas Cecil Beaton qui avait dessiné les décors ? demanda la reine.
    — Aucune idée. Je n’ai jamais pu encadrer ce type.
    — Il dégage une odeur délicieuse.
    — De qui parlez-vous ?
    — De ce livre. Je l’ai emprunté.
    — J’imagine qu’il est mort ?
    — Qui ?
    — Ce Beaton.
    — Oh, oui. Tout le monde est mort.
    — Mais c’était un bon spectacle.
    Il alla se coucher en fredonnant d’un air maussade « Oh la belle matinée… », tandis que la reine ouvrait son livre.


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    Présentation de l'auteur

    Alan BennettAuteur pour la télévision britannique, Alan Bennett a d'abord commencé sa carrière en tant que comédien.
    Diplômé d'Oxford, le jeune homme se voue dans un premier temps à une carrière d'historien du Moyen Age. En 1968, il publie sa première pièce intitulée 'Forty Years on'. Le succès est immédiat. L'auteur publie par la suite 'Habeas Corpus', 'The Old Country' et 'Single Spies', pièce créée au National Theater de Londres. Au cinéma, le scénariste s'inspire de la vie du dramaturge anglais Joe Orton pour écrire le script de 'Prick un Your Ears', long métrage réalisé par Stephen Frears. En 1993, la BBC diffuse les six monologues de 'Talking Heads'. La série télévisée connaît alors un succès triomphal en Grande-Bretagne. Par la suite, 'Talking Heads' fait l'objet de nombreuses adaptations théâtrales, notamment en 1993 au théâtre Paris-Villette et en 2009 au théâtre du Rond-Point. Récemment, il a publié un roman intitulé 'La Reine des lectrices' dans lequel il met en scène la dirigeante d'un pays amoureuse de littérature qui oublie ses obligations politiques. Auteur d'oeuvres autant humoristiques que controversées, Alan Bennett est un réel chroniqueur des moeurs de l'Angleterre d’aujourd’hui.

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